
Vente directe sur l'exploitation, restauration collective, magasins de producteurs, marchés, associations, et désormais vente sur internet… Les circuits courts sont multiples et constituent pour de nombreux producteurs et consommateurs une voie d'avenir. Et même un moyen de peser sur les orientations et les pratiques, en liant agriculture, alimentation et société.
Pour la deuxième édition des assises bretonnes de la vente directe, le 27 avril à Rennes, la FRCivam Bretagne avait plus fortement mis l'accent sur les territoires sur lesquels s'appuient les circuits courts. Lors d'une table ronde, des acteurs impliqués dans trois contextes territoriaux différents ont témoigné. Sans doute est-il plus facile de vendre en direct autour de Rennes, où habitent 400 000 consommateurs potentiels, qu'en Centre Bretagne. Cela n'empêche pas certains acteurs ruraux de s'y démener pour mettre en place et dynamiser des circuits courts.
De l'énergie dans les campagnes
À Maure-de-Bretagne (35) par exemple, l'association "Le goût d'ici" a été créée en 2009, reliant producteurs et consommateurs du canton. "Les producteurs souhaitaient trouver un moyen de mutualiser les coûts et de centraliser leur offre de produits. Un site internet visant la vente de paniers sur le canton (4 dépôts) est en cours de création", explique Anne Azaïs qui souhaite "promouvoir les aliments de qualité produits localement".
Jean-Claude Spegagne, restaurateur à Roudouallec (56), valorise différemment les produits des agriculteurs de son secteur. Il les met en avant dans les repas qu'il propose à ses clients, sous le Label "Restaurants du Terroir". "Les 70 restaurateurs du réseau en Bretagne s'approvisionnent en direct auprès des producteurs locaux, à hauteur de 20 à 30% de leurs achats". Paradoxalement, les restaurateurs situés en zone rurale rencontrent plus de difficultés d'approvisionnement que ceux proches des grandes villes.
Catherine Lebigre, habitante de Belle-Ile-en-Mer et conseillère municipale, a apporté un témoignage ancré sur un autre type de territoire, le littoral breton. L'association "Au coin des producteurs" y a été créée, aboutissant à la mise en place d'un laboratoire de découpe et de transformation et à l'ouverture d'un magasin où sont commercialisés de la viande, des produits laitiers, des légumes… produits sur l'île. Là aussi les agriculteurs engagés dans ce circuit court ont pu réduire leurs coûts. "Le magasin n'a pas été conçu uniquement pour les touristes, nous souhaitons d'abord satisfaire la demande des Bellilois".
Difficultés sur le foncier
Installé comme paysan boulanger en 2007 à Parthenay-de-Bretagne, Olivier Clisson a rapidement trouvé des consommateurs pour son pain bio, au travers d'une association de paniers. Il souligne par contre les difficultés d'accès au foncier pour les projets dits "atypiques". "Je recherchais une quinzaine d'hectares : une petite surface difficile à trouver. Au début, j'ai dû acheter une maison avec 2 ha autour".
Le coût du foncier est aussi un gros problème aux yeux d'O. Clisson. "C'est un investissement trop lourd pour les agriculteurs. Diversifier la propriété du foncier en y associant des consommateurs militants ou les collectivités peut être une piste". Pour Jean-Paul Gabillard, président d'AgroBio 35, il reste de la place pour vendre en circuits courts : "il faut se la créer, se l'inventer".
Agnès Cussonneau
Photo : De gauche à droite : Emmanuelle Petitdidier (formatrice et boulangère), André Chouan (agriculteur élu à Rennes Métropole), Catherine Lebigre (conseillère municipale au Palais - Belle-Ile-en-Mer) et Jean-Claude Spegagne (président de la Fédération des Restaurants du Terroir).
500 000 ou 50 millions d'agriculteurs en 2050 ?
Agronome et économiste, Jean-Louis Rastoin a donné deux scénarii d'évolution du système alimentaire mondial qui permettront tous les deux de nourrir les 9 milliards de terriens en 2050. Dans le premier, 500 000 agriculteurs, manageant des exploitations de 4 000 ha en moyenne, vont proposer des produits peu diversifiés, commercialisés par une dizaine d'enseignes dans le monde. Dans l'autre, les 2 milliards d'ha cultivés seront partagés par 50 millions d'exploitations (40 ha en moyenne), avec le seul inconvénient des prix moins compétitifs. Dans ce cas, les consommateurs acceptent de réduire leur apport calorique quotidien. "L'avenir nous réserve sans doute une hybridation entre les deux systèmes, dans laquelle l'Europe devra défendre son modèle plutôt familial".