
Au tapis l'idée que la filière légumière d'Espagne ne s'intéresse qu'à la baisse des charges, au détriment de la qualité. En voyage pendant quatre jours dans le Sud-Est espagnol (d'Alicante à Almeria), une vingtaine de légumiers et salariés nord bretons* ont pu constater, non sans étonnement, une progression spectaculaire des certifications dans les exploitations. Dans les coopératives orientées sur l'export, le taux de certification est passé de 5% en 2004, à près de 100% aujourd'hui. "Dans certaines structures, la certification est obligatoire pour les producteurs sous peine d'exclusion", relate Roxane Champeaux, responsable qualité-environnement à l'UCPT.
Répondre aux divers marchés export
Autre surprise, la grande variété des types de certificats : Globalgap, Iso 9001, IFS, BRC, Nature's Choice, Iso 14 000… De quoi s'adapter à la diversité des attentes des marchés exports, notamment nord européens. Le nombre d'analyses effectuées en culture et avant récolte est également conséquent (résidus, terre, MO…). "Une des coopératives a même investi dans un laboratoire interne". Clairement, les producteurs espagnols tentent de se refaire une image, fortement entamée ces dernières années.
Cette organisation serait difficilement reproductible en Bretagne. "En Espagne, les coopératives emploient des techniciens chargés de mettre en place les certifications et de remplir les fiches de traçabilité". Dans une des coopératives comptant environ 200 adhérents, une douzaine de techniciens ont mis en place la certification sur toutes les exploitations en deux-trois ans. Très efficace, ce système ne laisse toutefois que peu de choix aux producteurs, les déresponsabilise.
"La relation des adhérents avec leurs coopératives ressemble davantage à de l'intégration. Ces dernières montrent les orientations, les techniciens suivent l'intégralité des cultures : rotations, fourniture des plants, conseils techniques…". Par ailleurs, les légumes sont quasiment tous reconditionnés en stations, ce qui simplifie la traçabilité. Parfois de grande taille, les stations sont bien entretenues et organisées. Le personnel y porte des charlottes, des gants, des blouses… L'informatisation est de mise.
Outre le peu de liberté qu'il permet, le système coûte cher aux producteurs (parfois le double de certaines cotisations bretonnes). "Ils peuvent toutefois gagner sur le coût salarial, moins élevé que chez nous". En Bretagne, l'évolution vers davantage de certification doit s'accélérer pour satisfaire les marchés, "mais elle ne doit pas se faire au détriment de la liberté des producteurs".
Agnès Cussonneau
* salariés des trois zones de production : services qualité, stations, marketing. 5 coopératives espagnoles visitées.
Photo : Organisation et hygiène règnent dans les stations de conditionnement visitées.
Des soucis sur l'environnement
Les professionnels bretons ont observé une réelle amélioration de la gestion des déchets (beaucoup moins de plastiques traînent), même si des progrès restent à faire. La part du bio dans les productions augmente (15 à 20% dans les coopératives visitées). Chez un producteur de tomates, concombres et aubergines bio rencontré, les réglementations étaient respectées, mais les problèmes sanitaires étaient importants.
La chaleur est un atout pour le pays, mais le manque d'eau et son coût risquent de devenir problématiques. "Dans la région d'Almeria, les producteurs recréent un sol en faisant venir de la terre et de la matière organique du Nord de la région", observe par ailleurs R. Champeaux.