
Avant 2008, les vaches taries ne bénéficiaient pas d'un tel suivi », avoue Marie-Claude Vignard, l'une des quatre associés du Gaec Kastellou. « Aujourd'hui cette période de huit, semaines est mise à profit pour préparer les futures lactations ». Avec 2,7 traites journalières en moyenne, la production s'est accrue de 1 000 litres par vache environ (9 500 litres actuellement), depuis l'installation d'un robot, il y a deux ans. Le suivi est plus exigeant à tous les stades de production. La ration de la centaine de laitières, à base de maïs fourrage, d'enrubanné de luzerne (ou de pâturage au printemps) et de concentrés, n'a pas fondamentalement changé. Les soins au tarissement ont, par contre, évolué.
Avoine et luzerne
« Nous sécurisons les besoins en oligo-éléments et vitamines par l'administration de deux comprimés Oligovet (diffusion dans l'organisme pendant trois mois, grâce à un nouveau procédé industriel) le jour du tarissement, depuis novembre 2008. Au printemps et à l'automne, les vaches taries ont, au pâturage, un complément de foin de prairie et de concentré (1 kilo). En période sèche ou froide, la ration est constituée d'un mélange d'enrubannage de luzerne et d'avoine, et du même apport de concentré ». L'avoine est systématiquement associé au semis de luzerne pour couvrir le sol au démarrage de la culture et éviter l'invasion d'adventices. Après la première coupe, l'avoine disparaît et laisse place à la luzerne de plus en plus présente dans l'assolement (14 hectares actuellement). « Il devrait y en avoir dans toutes les rations de laitières », déclare Philippe Castagnet, vétérinaire de l'élevage. « La luzerne augmente la qualité de la ration par son apport de fibres et de vitamines ».
Tonicité des sphincters
Trois semaines avant le vêlage, une transition alimentaire est réalisée. Un apport de quatre kilos de maïs permet de préparer l'animal à sa future alimentation. Les vaches taries sont intégrées au troupeau laitier le jour du vêlage. « Ce nouveau protocole au tarissement nous a permis de maîtriser les infections. Les délivrances sont rapides. Les métrites ont disparu. Les mammites observées 10 jours après vêlage ne sont plus qu'un souvenir », indique David Priour, l'un des quatre éleveurs, qui met également en avant l'absence de fièvres de lait et une baisse du nombre de cellules. Pour le vétérinaire, l'apport de vitamines et d'oligo-éléments est bénéfique. « Le suivi des taries est globalement meilleur. Les effets de l'évolution de la ration, et notamment l'apport de luzerne à certaines périodes, n'explique pas, en totalité, les effets positifs observés sur le niveau sanitaire du troupeau ». Pour lui, l'administration des comprimés (bolus longue action) joue sur les œdèmes mammaires et la tonicité des sphincters. Marie-Claude Vignard confirme. « Nous ne remarquons plus de pertes de lait avant vêlage. L'hygiène des logettes s'est améliorée ». Les effets métaboliques sont tels que les éleveurs songent à complémenter les primipares. Les effets, mis en avant par le concepteur du produit vitaminé (Vetalis Technologies), sur la vitalité des veaux à la naissance, ne sont pas confirmés sur l'élevage.
Simplicité d'administration
Le comprimé (18 euros par animal) est administré à l'aide d'un simple appareil, au fond de la gorge des animaux, bloqués au cornadis. « Contrairement au bloc à lécher dont on ne mesure pas la consommation par animal, le bolus assure la couverture des besoins, à des périodes de stress importants ». Les laitières n'ont aucune supplémentation en vitamines et oligo-éléments par la suite. Leur ration, à base de maïs évolue peu dans l'année. L'exploitation est en zone séchante. La période de pousse de l'herbe est limitée dans le temps. Le maïs est distribué deux fois dans la semaine, dans le couloir d'alimentation central (système easy top). La luzerne, enrubannée, est mise à disposition, en râtelier. Des concentrés de production et azotés sont distribués au robot à raison de 3 à 4 kilos chacun, en fonction du stade de lactation.
Bernard Laurent
Photo : David Priour et Marie Claude Vignard, associés du Gaec Kastellou, administrent les comprimés « Oligovet vaches taries », le jour du tarissement, à l'aide d'un simple appareil.
Profils sanguins pour cerner les carences
La réalisation d'un profil sanguin est idéal pour connaître les éventuelles carences en oligo-éléments. 4 à 5 profils doivent être réalisés sur un troupeau d'une centaine d'animaux pour avoir une bonne vision des manques. Ces profils sont à faire 3 à 4 semaines après vêlage, après une forte croissance de la production laitière. Le coût, de 40 euros par analyse, est un frein à l'opération. Le laboratoire Vetalis Technologies, concepteur du bolus longue action (comprimés administrés au tarissement au Gaec Kastellou), associé à d'autres laboratoires, prévoit la sortie prochaine d'une carte de France pour cerner les problèmes par région, à partir des nombreuses analyses déjà réalisées et à venir.