
D'un côté, des organisations de producteurs (OP) réunies en associations; de l'autre, un office européen du lait. Les deux projets, défendus respectivement par la FNSEA et par l'Apli, ont le même objectif: unir les producteurs pour peser dans les négociations sur la fixation du prix du lait, face aux industriels, et réguler l'offre pour éviter la volatilité des cours.
Une question d'échelle
Le projet de création d'OP semble plus palpable, car situé à l'échelle régionale. L'OP serait propriétaire de la matière première, grâce à un transfert de propriété (une seule entité commercialise le produit pour éviter le soupçon d'ententes illégales, condamné par le droit européen de la concurrence). Les OP se regroupent en associations, qui négocient, à l'échelle d'une région ou d'un bassin de production, les volumes et les prix, avec l'industrie laitière. Les contrats, engageant les producteurs, sont collectifs, et non pas individuels, pour éviter le spectre de l'intégration. Le projet est tentant. Ne reproduit-il pas, cependant, en partie, le schéma actuel des coopératives ? Des groupements de producteurs, qui, malgré des fusions récentes, se concurrencent depuis des années. Une OP du centre Bretagne parviendra-t-elle à s'entendre avec celle de Loire Atlantique au sein de l'association d'OP du Grand Ouest ? Et qu'en sera-t-il de l'entente des associations d'OP entre elles, compte tenu des coûts de production différents entre régions ? La tentation de se concurrencer , pour répondre aux exigences des industriels, pourrait être forte, avec le risque d'un résultat inverse à celui escompté.
Le projet de création d'un office européen du lait, regroupant l'offre sur une plus grande échelle, est plus ambitieux. Laurent Kerlir, président de la FRSEA, le disait à Vannes, vendredi dernier, devant les militants de l'Apli : « L'office peut être une bonne solution au niveau européen ». Alors pourquoi ne pas y travailler ? « Mais comment amener tous les pays à discuter autour de cet office ? ». Pour gérer des volumes et des prix... En l'occurrence, les producteurs de 27 pays, représentés par une multitude de syndicats, aux systèmes et aux coûts de production totalement différents. Éventuellement imaginable avec l'appui des syndicats majoritaires des principaux pays producteurs, notamment la France et l'Allemagne. Illusoire sans adhésion massive.
Le pire scénario, pour les producteurs, serait de ne rien faire. L'absence d'outils de régulation condamnerait nombre de structures, les plus petites et les plus éloignées des industries de transformation. « Qui pourrait, après 2015, interdire à un industriel privé de cesser la collecte dans telle ou telle ferme ? », alerte Jacques Jaouen, qui participera prochainement à des réunions d'information pour défendre le modèle qu'il préconise et convaincre l'ensemble des producteurs.
Bernard Laurent
Photo :Les militants de l'Apli se sont invités à la Session Régionale de la Chambre d'agriculture, vendredi dernier, à Vannes.
Taxer la cession de terrains agricoles rendus constructibles
La Chambre d'agriculture régionale entend apporter son écot au projet de loi de modernisation agricole. Elle souhaite rendre possible la création d'organisation de producteurs avec transfert de propriété et encourager l'organisation d'association d'OP. En grandes surfaces, elle demande l'étiquetage du pays d'origine sur les produits agricoles bruts et sur les produits transformés ayant une matière première dépassant une certaine proportion du poids du produit (le seuil restant à définir). Pour renforcer la compétitivité des entreprises, elle souhaite la création d'un fonds d'investissement pour l'élevage dont l'objet serait de faire appel à l'épargne des agriculteurs pour participer collectivement au capital de sociétés de l'aval (sur le modèle d'Unigrains ou Sofiprotéol). Elle encourage la mise en place d'un observatoire de la consommation des terres agricoles. Le projet de création d'une taxe sur la cession des terrains agricoles rendus constructibles est bien accueilli. La Chambre souhaiterait augmenter son montant (jusqu'à 10% à 30%) et l'adosser à une exigence de densification. La possibilité s'installer des panneaux photovoltaïques au sol, prévue dans le projet, est fermement condamnée.