
L'excédent confortable du commerce agroalimentaire français dégagé en 2008 (+ 9 milliards d'euros) s'est contracté de 38% en 2009, pour se fixer à 5,6 milliards d'euros. Ce mauvais résultat ne fait qu'accentuer une tendance à l'érosion de la compétitivité de l'agroalimentaire, depuis une quinzaine d'années. La récession économique mondiale s'est traduite par une baisse des demandes intérieures de pays traditionnellement importateurs. Qu'en sera-t-il à l'avenir?
Reprise en Asie et parité monétaire
« Il y a des signes encourageants », assure Thierry Pouch, économiste à l'APCA. « La nette reprise de l'activité économique dans les pays émergents, en Asie notamment, et en Chine plus particulièrement ». Problème: la présence commerciale française, en dehors du Japon, se fait rare dans la région.
La dépréciation de l'euro face au dollar peut redonner du dynamisme aux exportations françaises, en dehors de la zone euro. « La monnaie européenne est encore surévaluée. La marge de dépréciation supplémentaire est encore suffisante pour se préparer à conquérir des marchés ». Celui de la Chine notamment, puisque la devise chinoise est arrimée au dollar. « Attention », prévient l'économiste, « 75% des exportations sont destinées à des pays de l'Union européenne. Les médiocres prévisions de reprise économique au sein des 27, apparaissent peu propices à un redressement des demandes intérieures ». De quoi tempérer un peu l'optimisme, d'autant plus que tous les indicateurs de compétitivité du secteur agroalimentaire français se sont dégradés depuis plusieurs années.
Concurrence des pays émergents
Les réformes de la Pac, à partir de 1992 se sont accompagnées d'une diminution des exportations avec restitutions. Le plafonnement des positions françaises sur les marchés mondiaux tient également à la concurrence accrue de pays émergents. Le Brésil, 4ème exportateur mondial a axé sa stratégie de développement sur les exportations agricoles et alimentaires. « Le secteur de la volaille illustre parfaitement le mécanisme des pertes de marché, combinant baisse des restitutions, différentiels de coûts de production et taux de change (dévaluation du réal en 1999 et 2001). En 2007, le coût de production d'un kilo de poids vif des poulets de chair a été évalué à près de 80 centimes d'euros en France contre 52 centimes au Brésil, essentiellement en raison du coût alimentaire ». L'émergence du Chili, dans le domaine des fruits et du vin, la position de l'Argentine sur les viandes et les oléagineux ou l'arrivée de l'Ukraine dans le secteur céréalier renforcent la concurrence mondiale. En Europe aussi, cette concurrence existe. « En terme de salaires, l'Union n'est pas une zone homogène. Le choc de la réunification de l'Allemagne y a gelé les salaires, avec, même, des variations annuelles négatives en 2005 et en 2009 ». La production porcine en a, par exemple, profité pour conforter son développement. « La compression des salaires a ses limites. La demande intérieure peut baisser et pénaliser l'économie du pays ».
Réguler les marchés
Le dynamisme du secteur agroalimentaire français dépend de l'évolution de la Pac. « L'option démantèlement des outils de régulation n'est plus crédible au regard de la crise actuelle et des réponses apportées ailleurs, notamment aux Etats-Unis ». Les menaces existent pourtant. « Les clivages structurels entre pays au sein de l'Union, les répercussions des dettes publiques sur le financement de la politique agricole ou les différences de fiscalité ». Sans oublier, bien sûr, l'énigme des négociations à l'Organisation Mondiale du Commerce. « Il serait dommage, qu'avec ses atouts, l'agriculture française ne profite pas d'un marché de 9 milliards d'individus, dans un proche avenir ».
Bernard Laurent
Photo : De gauche à droite : Yves Le Gourrierec, Hervé Cadoret, directeur, et Laurent Kerlir, lors de la Session de la Chambre d'agriculture, mercredi dernier à Vannes, axée sur la compétitivité des filières agricoles.