
Cela fait déjà plusieurs mois que l'on entend parler, dans la filière viande bovine, du projet de contractualisation conçue par la Fédération nationale bovine (FNB). L'heure est désormais à sa présentation en régions, comme le 15 avril dernier à Plérin. Après consultation des éleveurs, un avis sera rendu à l'échelon national. "L'objectif de la FNB à travers ce projet est de sécuriser l'engraissement en garantissant sa rentabilité, et ainsi de maintenir la capacité de production en France car nous ne sommes pas autosuffisants, relaye Claire Quiblier, chargée de mission économie à la FRSEA Bretagne. En outre, l’objectif est aussi d'équilibrer le rapport de force économique dans une filière hyper-restructurée en aval (abattage, GMS)." En mettant à plat les coûts des différents maillons de la filière, la Fédération espère un assainissement.
Basé sur les coûts réels
L'idée est donc de mettre en place une contractualisation, volontaire, tripartite entre l'éleveur, l'Organisation de production (OP) et l'abatteur. Ce, à hauteur de 30 % de la production actuelle française de JB-génisses-bœufs afin de peser sur l'ensemble des prix payés producteur. Le prix fixé est basé sur les coûts de production réels (et actualisés) fournis par les références Institut de l'élevage, auquel s'ajoute la rémunération avec des seuils de déclenchement pour les compléments de prix. En clair (voir schéma), pour le cas concret d'un JB Charolais au coût de production estimé à 3,82 euros / kg (achat du broutard + bilan alimentaire + autres frais) : si la différence entre le prix de marché et ces 3,82 euros est de 0 à 10 c, c'est le prix perçu éleveur; si elle est de + 10 à 30 c, l'éleveur verse à l'abatteur (un maximum de 20 centimes), si elle est de – 10 à – 30 c, l'abatteur verse à l'éleveur (un maximum de 20 centimes), et si elle est de – 30 à – 70 c, la caisse de sécurisation est actionnée (pour un maximum de 40 c). À noter que cette caisse est abondée pour moitié par l'éleveur (20 euros / animal) et pour moitié par l'État, partie prenante dans le système. "Grosso modo, la contractualisation nous assure un prix de 3,70 – 3,80 euros, contre 3,30 actuellement. C'est intéressant, moi je signe", réagit un éleveur.
Des réserves
Une réaction qui ne résume néanmoins pas le sentiment général. "Le système peut constituer un bon schéma mais il est n'est peut-être pas complètement adapté aux mentalités de nos secteurs", résume Claude Henry, président de la section viande bovine FDSEA 22. Comprendre : quand le prix partira à la hausse, certains ne seront-ils pas tentés de dénoncer le contrat ? Mais la question est aussi valable dans l'autre sens : "en lait, quand le prix a baissé, l'accord professionnel n'a plus été respecté. Qu'est-ce qui nous prouve qu'il le sera cette fois?" interroge un éleveur. Pour Philippe Dagorne, éleveur et président de la Coopelbovi, "pour que le système fonctionne, il faudrait que les distributeurs y soient eux aussi associés". La sécurisation de l'engraissement, afin que la capacité de production ne fonde pas comme neige au soleil, tout le monde s'accorde bien sur sa nécessité. Reste, visiblement, à se mettre d'accord sur les façons de la mettre en oeuvre.
Anne-Laure Lussou
Photo : Le système est basé sur un principe de compensation entre éleveur et abatteur selon la situation du marché.