
Nous avons besoin d’un plan d’adaptation de la filière, tout comme nos voisins allemands en ont mis un en place », a souligné Henri Brichart. « Le secteur laitier est primordial d’un point de vue économique, et, d’un point de vue de l’aménagement des territoires (…), il mérite largement ce soutien ».
Ce plan, que Bruno Le Maire qualifie de plan de développement de la filière, devra notamment « favoriser les synergies entre les opérateurs de la filière à l’amont et à l’aval » et « permettre d’adapter la gestion des quotas à des stratégies définies par bassin laitier ». Le ministre se dit prêt à discuter avec l’interprofession laitière et demande que ces trois familles (FNPL, industriels privés et coopératifs) lui remettent des propositions d’ici un mois. Un délai « syndicalement » court qui a fait réagir les quelque 500 congressistes présents. « Vous ne pouvez pas me dire qu’il y a urgence à agir et trouver mon calendrier trop court » a rétorqué le ministre.
Prix différencié
D’ores et déjà, la FNPL a fait une proposition pour l’après-quota, dont la date fatidique est mars 2015. Elle défend dans un contexte de contractualisation, un prix du lait différencié selon des volumes distincts. Il s’agit de construire un prix du lait « sécurisé » sur la base des modalités de l’accord du 3 juin 2009. Ce prix serait corrélé à un volume produit correspondant à la collecte « historique » de la ferme France depuis quelques années (environ 22 milliards de litres soit un peu moins que le quota). A ce volume pourrait s’en ajouter un autre positionné sur les marchés des produits industriels moins valorisés comme le beurre et la poudre ou de nouveaux marchés. Ce volume serait plafonné grâce au régime des allocations provisoires. Ce serait donc aux laiteries de proposer ou non d’actionner ce dispositif de volume supplémentaire. « Il ne faut pas donner les manettes aux entreprises », prévient Pascal Nizan, président de l’association des livreurs d’Entremont.
L’Allemagne : un voisin performant
Moins performante que l’Allemagne, la filière laitière française doit gagner en compétitivité. « Nous réaliserons une étude comparative détaillée sur la filière lait en France et en Allemagne », a-t-il ajouté. Il a cité le chiffre des importations de lait liquide en provenance d’Allemagne qui ont augmenté de plus de 70 % en un an. Henri Brichart a lancé une charge contre les entreprises laitières « dont le seul objectif est d’appuyer sur la tête des producteurs pour les maintenir au bord de la noyade ». Il a même menacé ces entreprises et la distribution : « Le prix du lait payé aux producteurs en 2010 doit sensiblement augmenter : il en va de notre survie mais il y va également de votre avenir. Tenez-le vous pour dit ». Dans son intervention ayant clos le congrès, il a appelé à l’unité les producteurs. Il compte proposer aux autres syndicats représentatifs, un « échange autour de ces questions de prix, de volume et de contrat ».
Dégel de 2% des quotas
Au sujet des quotas, le ministre a indiqué qu’il fallait redistribuer « les 2 % de hausse de quotas dont nous disposons ». Il s’agit en fait du « dégel » de 2 % de quotas supplémentaire décidé par Bruxelles que la France avait décidé de « geler » du temps de l’ancien ministre Michel Barnier. L’avis du conseil lait de FranceAgriMer s’est montré favorable à ce dégel qui représente 500 000 tonnes de quotas. Restait au ministre à le valider. C’est donc chose faite. Il appelle d’ailleurs la filière à faire « un choix responsable » même s’il est « difficile ». Ces 2 % de hausses de quotas, il propose d’en faire bénéficier en priorité les jeunes agriculteurs et les récents investisseurs. « Nous ne pouvons pas priver ces exploitations de ces quotas, alors que cela nous ferait encore perdre des parts de marché par rapport à l’Allemagne », souligne Bruno Le Maire.
L’affaire Entremont : « Il faut siffler la fin de la partie »
Pour Henri Brichart, le président de la FNPL, il est temps de « siffler la fin de la partie » de « l’affaire Entremont », selon l’expression du syndicaliste. Il en appelle d’ailleurs au président de la République afin de « pousser les derniers récalcitrants à finaliser un projet structurant ». Quant au ministre Bruno Le Maire, il en vient à citer du Woody Allen ! « L’éternité c’est long, surtout vers la fin ». « Il faut prendre son temps mais pas l’éternité », a-t-il souligné en rappelant qu’il « se bat depuis des mois pour que le projet de fusion entre Entremont et Sodiaal aboutisse dans les meilleures conditions possibles
Légende photo : Au Congrès de Lille, Henri Brichart, président de la Fédération nationale des producteurs de lait a été offensif envers les entreprises laitières « dont le seul objectif est d’appuyer sur la tête des producteurs pour les maintenir au bord de la noyade »