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Morbihan (56)
Retraites et système de santé / Du courage politique à l'heure des choix
 

Assez du discours pessimiste. C'est en substance, ce que Philippe Senaux, économiste et élu dans l'Orne, est venu dire aux anciens de la FDSEA, vendredi dernier à Vannes. « Certes les problèmes existent. La réalité est néanmoins objectivement bonne. Le niveau de vie est correct, les ménages, y compris les plus jeunes, sont souvent suréquipés. Portables, ordinateurs, écran plats, les derniers produits de haute technologie fleurissent». Les conditions de vie sont au diapason. « Le temps de travail a été divisé par deux en un siècle. Le taux de pauvreté (< 900 euros) est de 6% contre 16% en 1970. L'espérance de vie est l'une des plus élevées au monde ». Selon lui, le chômage, ne peut, à moyen terme, être un problème, compte tenu de la démographie française (départ de la génération du babyboom, arrivée d'une génération à faible effectif sur le marché du travail).


Assurances privées


Pourquoi l'angoisse est-elle donc aussi perceptible? L'avenir du système social n'est pas assuré. Peu de chômeurs mais beaucoup de retraités, qui vivront plus vieux. 60 000 centenaires en 2050 contre 10 000 actuellement. Les dépenses de santé exploseront. « Les dépenses liées à la maladie d'Alzeihmer vont doubler dans les cinq prochaines années, dans l'Orne ». L'implosion du système est annoncée pour 2025. L'augmentation des égoïsmes et du repli sur la sphère privée est palpable. Est-il alors possible de le sauver? « Oui, à conditions de faire les bons choix, rapidement ». Et de mécontenter un peu tout le monde. La France refuse le système anglo-saxon (assurances de santé privées, retraites par capitalisation...). « Le pays devra  adopter certaines mesures libérales. Oui à un remboursement des frais de maladie lorsque le patient n'y est pour rien. Non dans le cas de problèmes liés à certaines activités choisies, telles que le ski ou la spéléologie, dont les risques devront être couverts par des assurances privées. Non également pour les petits bobos, qui devront être pris en charge par l'individu, pour pouvoir mieux rembourser les maladies graves ». Où placer le curseur? Le sida et le cancer du poumon, pour ne citer que deux exemples, sont-ils liés au hasard ou le patient en est-il un peu responsable? L'économiste ne le dit pas. Les choix pourraient faire grincer quelques dents.


Baisser les retraites


Agir sur le budget consacré à la protection sociale? A savoir augmenter les recettes (cotisations, impôts) et diminuer les dépenses (dé-remboursement de médicaments, baisse des retraites...). La remise en cause de droits acquis soulève immédiatement des tensions. Les pancartes « touche pas à mon petit privilège » fleurissent à chaque manifestation. Le risque existe de créer un conflit de générations. « Devra-t-on construire des stades ou des centres de remise en forme? ». Économiquement, la baisse du revenu disponible induit entraîne une baisse de la demande et une augmentation du chômage. La hausse du coût du travail entraîne une baisse de compétitivité des entreprises. « Là encore, des mesures courageuses devront être prises, sans négliger le risque ».


Travailler plus longtemps


L'amélioration du rapport actifs-inactifs est le troisième levier, avec la libéralisation du système et l'évolution du budget, pour sauver la protection sociale. L'économiste estime inéluctable le recul de l'âge de la retraite.  « Sans crainte d'augmenter le chômage, à moyen terme, compte tenu de l'évolution de la démographie ». Le système de santé devra également être modifié en instaurant notamment des contrôles pour encadrer les dépenses et en responsabilisant les différents acteurs: patients, médecins, infirmiers.... L'État semble vouloir opter pour un mélange de mesures actionnant les trois leviers. « Ne rien faire conduirait à la faillite du système », assure l'économiste. Les Français devront avoir une vision collective et abandonner les égoïsmes. En d'autres termes, que chacun fasse un effort.

Bernard Laurent


 


Photo : La protection sociale était le thème de l'assemblée générale des anciens exploitants de la FDSEA, vendredi dernier, à Vannes.


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Date de l'article : semaine du N° du 16 au 22 Avril 2010
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