
Si aujourd'hui l'installation est toujours un objectif pour de nombreux jeunes, sans doute plus qu'hier, le temps d'une réflexion approfondie s'impose, visant à prendre en compte les aspects humains et techniques, mais aussi administratifs : contrôle des structures, droits des sociétés, permis de construire, environnement, droits à produire, aides, passage en CDOA… "Prendre le temps pour une installation réussie" était le thème mis en avant par les Jeunes Agriculteurs, lors de leur conférence-débat "Demain Je m’Installe", le 8 avril à Rennes. Des jeunes en formation agricole y étaient conviés.
Se connaître professionnellement
Mêlant dynamisme et sens de la réalité, Géraldine Foubert, installée depuis février 2010 près de Fougères, a fort bien illustré la thématique. "Travaillant auparavant dans le secteur social, j'ai fait le choix de m'installer début 2007. Avec mon oncle, nous avons repris l'exploitation de mes parents qui s'est greffée à celle de mon mari et de ma belle-sœur. Nous produisons du lait, du porc (engraissement) et des céréales", détaille la jeune femme qui a pris "le temps nécessaire" avant de faire le grand saut. "Nous avions certes des liens familiaux, mais avons appris à nous connaître professionnellement. Chacun devait trouver sa place, en utilisant les complémentarités de compétences".
Géraldine a passé un BPREA à distance pour acquérir des connaissances techniques. "A partir de juillet 2008, les premiers chiffres ont été posés sur le projet. Nous avons réfléchi au système de production que nous souhaitions mettre en place, à l'organisation des productions, à la construction d'un nouveau bâtiment… Sur le plan administratif, nous avons dû rajouter un dossier ICPE (Installation Classée pour la Protection de l'Environnement) car nous avions plus de 100 vaches".
De son parcours, l'agricultrice donne en particulier deux conseils aux porteurs de projets : ne pas avoir peur d'appeler les conseillers et agents techniques de la DDTM (Direction départementale des Territoires et de la Mer) et "ne pas rester seul dans sa bulle, aller voir à l'extérieur. De bonnes idées sont à prendre partout".
Se comparer aux autres
Des propos relayés par Paul Rapion, de la DDTM : "Prenez votre temps, comparez votre projet à celui des autres. N'hésitez pas à contacter l'administration pour connaître les différentes démarches réglementaires et concernant les aides publiques", insiste-t-il, rappelant que la DJA (Dotation Jeunes Agriculteurs) est accessible jusqu'à 40 ans. "Et, même si ce n'est pas si simple aujourd'hui, il est important de conserver de la souplesse dans son projet", complète le responsable.
Charles Leprêtre, président des Geda 35 (Groupements d’étude et de développement agricole), revient sur l'importance de l'analyse et de l'anticipation sur un échiquier agricole de plus en plus compétitif. "Il est également important de connaître les chiffres de son exploitation, ses coûts de production, de les comparer aux autres. Tout ce travail stratégique est mené dans les groupes Geda", rappelle-t-il. Enfin, Paul Rapion souligne : "Les agriculteurs ne doivent pas hésiter à exprimer leurs difficultés. C'est un métier à risques".
Agnès Cussonneau
Photo : De gauche à droite : Fabrice Guérin, responsable technique à l'Atese, Paul Rapion de la DDTM et Géraldine Foubert, jeune installée.
Formation et relations humaines à privilégier
Fabrice Guérin, responsable technique à l'Atese (structure d'appui technique, économique et social) depuis 6 ans, a tiré des enseignements au contact des entreprises en difficulté. "Le manque de formation à l'installation est une cause récurrente des difficultés, tout comme les problèmes de relations humaines", résume le conseiller, rappelant que les trois quarts des installations aidées sur l'Ille-et-Vilaine se font sous forme sociétaire (souvent à plusieurs). La gestion de la trésorerie à l'installation, la cohérence du système de production sont d'autres points de vigilance. L'isolement tend à accroître les difficultés. "La formation et les échanges tout au long de l'activité, la capacité à se remettre en cause sont des facteurs-clés de réussite, dans un contexte où les agriculteurs seront de plus en plus autonomes dans leurs décisions".