Arvalis Institut du végétal a étudié pendant 10 années (1998 – 2008), dans la station expérimentale de La Jaillière (44), l'effet des techniques culturales sur les transferts de phosphore hors des parcelles cultivées. Les lames d'eau écoulées (drainage et / ou ruissellement), la concentration de phosphore total et de phosphore dissous (considéré comme directement assimilable par les plantes aquatiques) ainsi que les pratiques (travail du sol, fertilisation, culture intermédiaire…) étaient enregistrées.
Non labour : des effet divers
Côté travail du sol, le non labour, à condition que le terrain s'y prête, permet de réduire, le plus souvent et fortement, les transferts de phosphore total par ruissellement car l’érosion est fortement atténuée par la présence de résidus à la surface du sol. Mais cet effet bénéfique peut être inversé pour le phosphore dissous, par exemple si du ruissellement intervient peu après l'apport d'un engrais non enfoui dans le sol. Par ailleurs, la teneur en phosphore disponible dans la couche superficielle s’accroît fortement si le sol n’est pas périodiquement malaxé par le labour, et le risque de transfert de phosphore par le ruissellement augmente.
Dans les sols hydromorphes drainés, le drainage se substitue au ruissellement pour évacuer l'eau en excès, ainsi que le phosphore qu’elle contient. Dans ce cas, le labour permet de réduire assez fortement la concentration et la quantité de phosphore dissous transféré, par rapport aux techniques sans labour.
Engrais : un effet dose
Lorsque la fertilisation avec des produits résiduaires organiques se substitue à la fertilisation avec des engrais minéraux, les transferts de phosphore hors des parcelles tendent à s’accroître. Cela s'explique par le fait que, dans ce cas, les doses de phosphore sont souvent plus élevées. Par ailleurs, une part du phosphore que contiennent ces produits est sous forme organique, qui échappe à la fixation par les particules de terre. Avant qu’elle soit minéralisée et rendue disponible pour son utilisation par les végétaux aquatiques, le transfert de cette forme organique par infiltration ou par ruissellement est facilité.
Interculture : du bien et du moins bien
Le dernier point étudié a été celui de l'effet des couverts végétaux pendant la période entre deux cultures. À La Jaillère, la mise en place en 2006 d'une culture intermédiaire de moutarde entre du pois et du blé a réduit de 20 % environ les pertes de phosphore total enregistrées en automne et hiver, par rapport à une parcelle homologue où le sol était resté nu entre du maïs ensilé et du blé. En revanche, les pertes de phosphore dissous ont été identiques.
De façon plus générale, pour Pierre Castillon : "l’effet des techniques culturales sur les transferts de phosphore hors des parcelles cultivées est limité. Celle qui influe le plus est la fertilisation phosphatée, notamment lorsque peu de temps après un apport, surviennent des pluies engendrant du ruissellement et /ou du drainage. Mais, quelle que soit la forme de l’apport envisagé, on ne peut définitivement s’en passer."
Anne-Laure Lussou
>>>> Résultats présentés dans le cadre de la journée de restitution du projet Casdar sur le thème du phosphore d'origine agricole (www.acta.asso.fr)