
Jugée primordiale il y a seulement quelques semaines, la taxe carbone a été renvoyée aux calendes grecques. En sera-t-il de même pour l'affichage de l'empreinte écologique des produits alimentaires sur les emballages ? Trois critères ont été retenus pour qualifier cette performance : la consommation d'eau, l'émission de CO2 et le volume de déchets. « L'affichage devait être effectif au premier janvier 2011. Le report à 2012 est probable. Il sera néanmoins instauré », assure Jean-Marc Lévêque, responsable de développement de la laiterie Triballat. A l'instar des appareils électroménagers, les produits alimentaires se verront attribuer une note en fonction de leur impact sur l'environnement. Une aubaine pour la bio? Pas sûr. « Les effets des pesticides sur la santé, la préservation de la biodiversité ou le bien-être animal, sont autant de critères qui n'ont pas été retenus ». En terme de transport, de volumes d'emballages ou de consommation d'eau ou d'énergie, la filière bio n'est pas forcément plus performante. La matière première est souvent dispersée et les volumes transportés sont faibles. Pour pallier à ces problèmes, le risque n'est-il pas, au final, de concentrer la production, en ferme et autour des industries de transformation ? Mickaël Corson, chercheur à l'Inra de Rennes, se montre rassurant. « La plus grande partie des gaz à effet de serre, en agriculture, provient de la gestion de l'exploitation et du système de production. L'impact du transport des produits est moindre ». Les méthodes de diagnostic continuent de s'affiner. Autres critères invoqués, non retenus pour évaluer la performance environnementale : le lien au sol et l'autonomie en protéines pour l'élevage. « Ils doivent se retrouver dans le bilan carbone », assure le chercheur. Quoi qu'il en soit, la filière bio, tout autant que les filières conventionnelles, doit réfléchir aux économies possibles dans les process de fabrication, au choix des énergies employées, à l'optimisation des transports, à la conception des emballages et aux ratios contenant-contenus...
Un consommateur désorienté
L'enjeu est de taille. Le consommateur aurait beaucoup de difficultés à comprendre que les produits bio soient moins performants que les produits conventionnels. L'affichage pourrait même, dans ce cas, devenir un frein au développement de l'agriculture biologique. « Il faut agir rapidement de manière à avoir une approche globale de la performance environnementale. Le défi n'est pas seulement au niveau des exploitations et des entreprises. Il se situe aussi en terme de communication, pour informer le consommateur », assure Jean-Marc Lévêque. Prendre un peu d'avance pour éclairer un consommateur qui pourrait être désorienté par la multitude de labels de qualité, par le nouvel étiquetage de l'empreinte écologique, la coexistence, pour le moins étrange, de différents logos bio (français et européen) ou encore la certification HVE (haute valeur environnementale) des exploitations, prévue pour juillet 2011. Les distributeurs prévoient déjà de communiquer sur cette certification, notamment pour leurs marques de distributeurs.
Bernard Laurent
Conversions en lait essentiellement
En 2009, 3600 producteurs français se sont engagés en production biologique (300 par mois). A fin 2009, 16 400 exploitations sont en bio soit 3,2% des exploitations françaises. En un an, le rythme d'engagement a plus que doublé. En terme de surface, 670 000 hectares sont en bio, soit près de 2,5% de la SAU. En Bretagne, les estimations font état de + 20 à 25% de producteurs en 2009, soit un total de 1250 producteurs bio et en conversion. La production laitière est la plus concernée par les engagements. Le manque de production en grandes cultures, et notamment en céréales, est toujours important.
Légende photo : A droite, Philippe André Richard, a présidé l'AG d'Interbio Bretagne, jeudi 8 avril à Silfiac (56). A ses côtés : François Le Lagadec, vice-président et Régine Martin, directrice.