
Comme 2008, l'année 2009 n'a pas été facile pour les éleveurs de dindes et les responsables de Sodiva-Coopagri Bretagne, ni pour l'abattoir Ronsard, principal débouché. Le débat animé de l'assemblée générale a permis d'exposer les contraintes des uns et des autres par rapport à la conduite d'élevage, à la réalité du marché et de la concurrence européenne.
Retards d'enlèvement
Avec 42 177 dindes/semaine, les mises en place ont été réduites de 4 % par rapport à 2008 mais les poids ont augmenté et le tonnage abattu est en progression. En fonction des lots, la durée d'élevage a varié de 120 jours à plus de 150 jours en 2009. "Une situation compliquée à gérer pour les éleveurs, habitués à des départs de dindons mâles à 16 semaines plutôt qu'à 21-22 semaines", reconnaît Jean Dano, président de Sodiva-Coopagri.
"L'équilibre de l'offre et de la demande n'est pas facile à maintenir. Les animaux ont de bonnes croissances, d'où les tonnages importants de viande". L'abattoir ne veut pas faire de stocks qu'il faudrait ensuite congeler puis vendre à prix bas. Concrètement, les enlèvements sont retardés et le stock se retrouve en élevage.
Tendance à alourdir
Début 2010, le nombre de dindes a encore légèrement chuté (-2%), avec un âge moyen d'abattage autour de 140 jours pour les mâles. Ronsard constitue le principal débouché du groupement (65 à 70 %). Son directeur, Gilles Dréan, affirme la nécessité d'augmenter les poids moyens. "On ne peut pas aller à contresens des marchés. Pour augmenter le rendement en viande et rester compétitif par rapport aux élevages allemands, nous devons encore alourdir les animaux". La dinde est principalement destinée à la découpe et les abattoirs français doivent se battre avec les mêmes armes que la filière allemande.
Si la tendance est à l'alourdissement des carcasses, les éleveurs présents à l'assemblée ont insisté sur les difficultés à gérer la conduite d'élevage au-delà de 18-19 semaines. Une densité trop forte entraîne des risques de perte d'animaux, en fin de lot. "Il faudrait desserrer par un enlèvement des mâles vers 18 semaines, ou réduire les densités au départ", ont déclaré plusieurs éleveurs.
Progression en poulets
En poulets, le groupement a augmenté ses mises en place de 17 % par rapport à 2008, avec 145 000 poulets/semaine. Ronsard est également le principal client (80 %), mais les débouchés se sont diversifiés, avec, par exemple, quelques lots réalisés en poulet export. Les vides sanitaires sont inférieurs à 20 jours en début 2010, ce qui apparaît satisfaisant.
L'application de la directive européenne sur le bien-être constitue la grande interrogation des mois qui viennent. En poulets, la productivité et donc la densité constituent les clés de la réussite. Gilles Le Pottier a rappelé les trois seuils de 33, 39 et 42 kg/m2 ainsi que les critères à respecter. Comment s'appliquera cette directive ? Qui sera responsable de l'éventuel dérapage si le poids dépasse l'un des seuils ? Est-ce l'éleveur, l'intégrateur ou l'abattoir ? "Je ne vois pas bien comment va s'appliquer cette directive", déclare Gilles Dréan.
Ce sera d'autant plus difficile qu'actuellement, il y a déjà un écart entre le poids moyen communiqué par l'éleveur à l'abattoir et le poids réel constaté sur la chaîne. L'une des solutions consisterait à desserrer les poulets par un enlèvement à 1,6 kg, en les commercialisant en poulet léger. "Encore faut-il avoir des clients pour ce type de poulets. Ce n'est pas acquis, car un tel débouché ne peut pas se décréter du jour au lendemain", estime le directeur de l'abattoir.
La fusion des trois coopératives : Coopagri Bretagne, Eolys et Cam 56, qui devrait être effective au 1er juillet prochain, constituera une opportunité pour élargir les débouchés et faciliter les plannings. Au total, la nouvelle coopérative devrait rassembler plus d'un million de m2 de poulaillers, ce qui donnera plus de souplesse dans les mises en place.
Patrick Bégos
Photo : L'augmentation du rendement à la découpe passe par l'alourdissement des carcasses de dinde, ce qui complique la conduite en fin de lot.
Les marges s’améliorent en dindes
Malgré les difficultés d'enlèvement, les marges PA (poussin-aliment) dindes progressent (21,30 euros/lot pour les 66 % meilleurs lots), grâce à la baisse des mortalités, et à l'amélioration des croissances (+ 11 g/jour en 2 ans). L'indice de consommation est également en légère baisse, illustrant la performance alimentaire. Les critères techniques (croissance, indice et taux de mortalité) s'améliorent également en poulets où les marges PA atteignent 8,05 euros/m2/lot au lieu de 7,87 euros/m2/an.