Aujourd’hui, la génomique est utilisable, efficace », explique Serge Paran, artisan convaincu très tôt de cette nouvelle méthode de sélection. Celui qui vient de quitter la présidence de l’UNCEIA, l’union nationale des centres d’insémination intervenait à l’assemblée générale de l’Urcéo, le 8 avril, à Rostrenen. Il se dit toutefois « surpris par la rapidité de mise en place du système et sa précision ».
De 100 et 150 € le génotypage
Point de départ de la génomique en France : la création en 2002, d’Apigène – du nom Apis, dieu égyptien adoré sous la forme d'un taureau fertile –. Cette société d’investissement, articulée autour du Cniel, d’Interbev et de l’UNCEIA, a mis des millions d’euros sur la table depuis 8 ans. En parallèle, la création d’EuroGenomics, a permis de créer un fonds européen de 16 000 taureaux, soit plus que les Américains qui se sont réveillés plus tard sur le dossier de la génomique. « Tout ce travail collectif a permis d’obtenir des précisions de 0,7 sur de nombreux caractères, voire de 0,5 sur les fonctionnels comme la fertilité, ce qui est remarquable ».
Pour autant, sur le terrain, les éleveurs se sont d’abord montrés un peu frileux vis-à-vis des taureaux génomiques. « Par sécurité, la solution consiste à utiliser un pack de taureaux tant que la génomique n’est pas encore blindée à 100 % », admet S. Paran.
N’empêche que les éleveurs apprivoisent peu à peu la nouvelle méthode de sélection. Même les sélectionneurs, parfois très réticents dans les premiers temps, aimeraient profiter plus rapidement des informations permises par cette nouvelle évaluation génétique. Les demandes de génotypage se font plus nombreuses. « Au 1er janvier 2011, il sera ouvert aux femelles », annonce J.-P. Mourocq qui parle d’un prix « de 100 à 150 € dans un avenir proche ».
Propriété du génome
Derrière ce débat sur le génotypage, figure en fait la dimension de la propriété génétique. D’un côté, l’éleveur qui considère, qu’en tant que propriétaire de l’animal, il a un droit de regard et d’exploitation du capital génétique qu’il a sélectionné ou acquis. D’un autre, les unités de sélection, qui ont lourdement investi, attendent légitimement un retour sur investissement.
C’est dans ce dessein de retrouver leurs petits que Valogène, « une société de valorisation et d’exploitation », a été créée par les entreprises de sélection laitière. « Cette société qui intervient dans le génotypage reverse des royalties à Apigène et à l’Inra qui a accordé une licence d’exploitation exclusive des résultats de 10 ans », explique Serge Paran. Une façon de préserver le capital génétique et d’asseoir la capacité d’investissement des unités de sélection qui devront faire face au désengagement financier progressif du Cniel et d’Interbev.
Didier Le Du
Redistribution des cartes
La combinaison de la génomique et de la naissance de Créavia conduit les stations de l’Urcéo à évoluer. Les taureaux ont quitté Rennes pour Saint-Aubin-du-Cormier. Une station de donneuses a été ouverte à Plounévézel et les taureaux doivent prochainement quitter cette station.
Une nouvelle entité, Créavia Biotech, a été créée. Elle regroupe la production de semence, la transplantation à la ferme, les stations de donneuses et la reproduction équine.