
Ni une, ni deux. En lançant le chantier des OP et AOP (association d’organisations de producteurs), la Chambre d’agriculture a mis le feu dans les rangs de l’Apli, rejointe par la Coordination Rurale et la Confédération Paysanne.
Deux visions s’opposent
Vendredi dernier, 200 producteurs, menés en grande partie par des leaders Costarmoricains de l’Apli, ont fait irruption dans la salle de session au moment même où l’équipe de Jacques Jaouen présentait sa vision de l’organisation laitière.
Dans une ambiance sous haute tension, les protagonistes de la manifestation ont fait savoir au président de la Chambre d'agriculture qu’ils ne voulaient à aucun prix des AOP organisées en bassins de production. « Le but de la manœuvre de la FNPL et des coop est d’imposer la contractualisation et le transfert de propriété via des OP syndicales », ont dénoncé les chefs de file qui, à maintes reprises, ont déclenché des applaudissements de ferveur.
Jacques Jaouen n’a eu de cesse de plaider pour « une régulation européenne politique ». Idée à laquelle toute la profession adhère. Mais, c’est sur sa mise en œuvre que résident les divergences. Pour l’Apli, la maîtrise passe par un Office du lait européen géré par l’EMB. Une sorte de gros pot au lait que remplissent tous les producteurs. Pour la Chambre, cette conception serait d’emblée frappée par un non-apport total de tous les producteurs européens. D’où cette idée de gérer l’offre au niveau du bassin Grand Ouest. « Aux producteurs de choisir s’ils adhèrent ou non », commente J. Jaouen.
Un projet au moins amendable
Du côté de l’Apli, on ne veut pas entendre parler de cette proposition. « Une OP française dans l’UE n’a aucun sens ». Jean-Michel Favennec, élu CR29 à la Chambre, parlant de « manipulation », estime que ce projet conduira « à lancer la guerre entre bassins de production ». Et de répéter que « l’EMB propose une agence de gestion européenne, avec à la clé chaque pays organisé en bassins de production. Quatre en France ». « Vous proposez donc la même chose », intervient J. Jaouen. « Non, les bassins seraient indépendants des coopératives et des laiteries pour que le producteur garde le pouvoir ».
Bref, la Chambre d’agriculture qui annonce des réunions d’information sur les OP à partir du 10 mai ne coupera pas aux contre-propositions. « Lors de ces réunions, vous devrez arriver avec un projet au moins amendable », a réclamé Yvon Pouliquen, représentant UDSEA. « Aujourd’hui, 55 % du lait est livré en coopérative et est de fait déjà en OP. Le problème c’est que, si au niveau local, les élus des coopératives représentent les producteurs, arrivés au niveau national les coopératives se placent du côté des transformateurs ».
Didier Le Du
Photo : Les manifestants ont chahuté la session Chambre d’agriculture du Finistère. L’Apli promet d’intervenir auprès de chaque département.
De l’huile sur le feu
L’annonce du ministère d’expérimenter la contractualisation en Bretagne a jeté de l’huile sur le feu du dossier laitier déjà au bord de l’ébullition. Si on ajoute les propos de Jean-Michel Lemétayer – « Il n’y a plus de raison de manifester – et la rumeur qui voudrait que « 30 % des producteurs d’Entremont seraient laissés sur le bord de la route », tous les ingrédients d’un cocktail explosif sont réunis.
Sur la contractualisation, Jacques Jaouen a fait part de son ferme désaccord pour « une application précipitée ».