Créée en 2007, la MAE SFEI compte environ 900 signataires en Bretagne (300 contrats signés par an), soit un petit nombre au regard du potentiel, mais il est des changements qui nécessitent un peu de temps avant de les envisager. Le principe de la mesure, qui s'applique à l'ensemble de l'exploitation, est d'encourager les systèmes herbagers avec réduction des apports d'azote organique et minéral (voir précisions ci-contre) et protection des cultures faisant peu appel aux produits phytosanitaires. La contrepartie : une rémunération de 130 euros / ha dans la limite de 7600 euros par exploitation par an.
Déjà de l’herbe
Le Réseau d'agriculture durable (Rad) s'est penché sur l'impact environnemental et énergétique des signataires de cette MAE sur le territoire breton. "Nous avons retenu un échantillon de signataires des mesures 01.04 (ancien cahier des charges) et SFEI, non bio, au sein des quatre départements bretons", explique Catherine Le Rohellec, en charge de cette étude pour le Rad. Au total 33 anciens signataires et 21 nouveaux ont été retenus. En moyenne, leur chargement atteignait 1,3 UGB / ha SFP et leurs assolements comprenaient 70 à 76 % d’herbe. Quand on opte pour la SFEI, on a donc déjà, souvent, un profil herbager.
126 kg d’N en 2ème année
Tout logiquement, on note une évolution baissière de la pression azotée totale des exploitations signataires par rapport aux références régionales : entre l'année précédant la signature du contrat et N2 (deuxième année d'application du cahier des charges), l'azote minéral est divisé par 3 et l'azote organique + minéral produit et importé passe de 161 à 126 U, contre 166 pour la moyenne Draf 2003 / 2004. L'apport d'azote (hors restitution) sur prairie diminue, toujours entre ces deux étapes, de 93 à 48 kg / ha. En N2, 33 % des nouveaux signataires ne mettent plus d'azote minéral sur prairies. En matière de pesticides, l'IFT moyen passe d'environ 0,68 un an avant la signature, à 0,29 deux ans après.
Économie d'énergie et d'argent
Le Rad a aussi recensé la consommation d'énergie des exploitations sous MAE SFEI : cette dernière connaît également une diminution, essentiellement pour les postes achats d'aliments et engrais et amendements. La consommation de fuel, quant à elle, reste sensiblement la même. Enfin, le Rad s'est penché sur les résultats économiques des exploitations herbagères, au travers d'un échantillon de 67 fermes du Grand Ouest sur l'année 2007 : en moyenne, le résultat courant des exploitations herbagères a atteint 39 800 euros, contre 34 800 au niveau du Rica. La valeur ajoutée est presque identique entre les deux catégories, avec moins d'aides publiques pour les systèmes herbagers.
Anne-Laure Lussou
Le cahier des charges en bref
- herbe > 55 % de la SAU et 75 % de la SFP, maïs < 18 % SFP (deux ans pour respecter ces critères)
- achats de concentrés limités à 800 kg / UGB
- fertilisation : azote total produit et importé limité à 170 u / ha SAU; azote organique maximum 140 u / ha de SAU; azote minéral maximum 30 u / ha de prairie, 0 u / ha de maïs et betterave, 60 u / ha de céréales de printemps, 100 u / ha de céréales d'hiver et colza
- phyto : désherbage chimique interdit sur prairie (sauf en localisé), destruction chimique des couverts interdit; sur céréales : une seule dose de fongicide, pas d'insecticide, pas de régulateur de croissance; sur cultures arables hors prairies : apport limité à 70 % de la dose homologuée par traitement herbicide
Opinion de Joseph Sauvé et Guy Hervé, Associés de la ferme des Grands Prés à Plessala (22)
À Plessala (22), la ferme des Grands Prés est sous contrat SFEI depuis 3 ans. Un passage qui n'a pas nécessité grand changement. "Nous avions prévu de monter un CTE mais cela ne s'est pas fait au dernier moment puisque le système a été stoppé. Pour passer en SFEI, il nous restait finalement peu de choses à changer", explique Joseph Sauvé, associé avec Guy et Elisabeth Hervé sur l'exploitation. La taille de la structure est calée (60 vaches à 7000 kg de moyenne, 25 % du lait transformé en fromage frais, et 58 ha), la zone géographique se caractérisant par une forte pression foncière. Les associés consacrent 6 ha de leur SAU aux céréales, 9 au maïs et le reste à l'herbe. "Nous sommes progressivement passés de 18 ha de maïs à 12, puis à 9", indiquent-ils. Le fait de donner la priorité à l'herbe impose de suivre la culture de très près, et de jongler avec le planning de pâturage, surtout qu'environ 20 ha ne sont pas labourables. L'ensilage d'herbe et le foin jouent le rôle de tampon. Étant déjà dans une démarche de réduction d'intrants et d'optimisation de la valorisation des déjections animales, les exploitations se posent désormais la question de passer en bio, mais diverses interrogations demeurent au regard du cahier des charges plus contraignant.