
On peut s’y attendre, un agréable "bourdonnement" parvient aux oreilles à l’arrivée dans l'élevage situé à Plougastel-Daoulas. Des ruches destinées à la pollinisation des tomates, mais aussi des fraises et des framboises, sont confectionnées et livrées aux producteurs, par quatre salariés du GIE La Croix*. "L'élevage est calqué sur le cycle naturel du bourdon", explique Roselyne Souriau, responsable du GIE.
Première étape : la cellule de ponte. "Chaque reine fécondée est placée dans un nid avec de la nourriture : pollen et sirop de sucre. Elle bâtit des loges en cire qui vont accueillir les œufs qu'elle pond. Les larves naissent, muent, puis se transforment en cocons". Lorsque les premières ouvrières sortent, le nid est transféré dans une ruche et la colonie se développe pendant trois à quatre semaines dans la salle de progression.
Une reine, des ouvrières, des œufs, des larves et des cocons
Suit la délicate étape du tri. "Pour assurer une pollinisation efficace, chaque colonie qui sera placée en serre doit avoir une reine vivante, une soixantaine d'ouvrières au moins, des œufs, des larves et des cocons. Elle ne doit pas contenir de "sexués" (mâles et reines filles) qui apparaissent logiquement plus tard dans la vie de la colonie. Les mâles ne sont pas de bons pollinisateurs". Les premières étapes de l'élevage se font sous lumière rouge, ce qui empêche les bourdons qui s'échappent de voler et donc de piquer le personnel (seules les femelles ont un dard). Avant livraison, les ruches passent une petite semaine à température plus basse pour s’acclimater aux serres.
Certaines ruches contenant des "sexués" sont utilisées pour renouveler l'élevage, la reproduction ayant lieu toute l’année. "En cellule d'adaptation, les mâles sont placés d'un côté, les femelles de l'autre. Pour l'accouplement, ils sont regroupés et stimulés par ultraviolets", explique Roselyne. Les couples sont mis dans des boîtes dans l’obscurité. Alors que les mâles sont ensuite éliminés par congélation, les reines passent trois mois à 2-3°C (dans la nature, elles hibernent). Puis le cycle recommence.
"Selon la variété et l'avancement dans la saison, 10 à 30 ruches par ha sont placées dans les serres de tomates. La durée de vie d'une ruche est de 10 semaines", chiffre Roselyne. L'utilisation des ruches est très simple. Une poche de sirop de sucre y est intégrée et les bourdons vont chercher le pollen dans la serre. Les producteurs ont juste à observer les minuscules empreintes laissées par les insectes sur les fleurs, preuve de la pollinisation. Des marques qui doivent toutefois rester légères pour ne pas nuire à la qualité. En cas de surpollinisation, les producteurs peuvent fermer temporairement la sortie des ruches.
Agnès Cussonneau
Photo : "Selon la variété et l'avancement dans la saison, 10 à 30 ruches par ha sont placées dans les serres de tomates", chiffre Roselyne Souriau, responsable du GIE.
* Filiale de Saveol, le GIE La Croix emploie 8 salariés permanents. Outre les bourdons, le GIE produit des insectes auxiliaires (100 millions d'encarsia et 1,5 million de macrolophus).
Le coût de la pollinisation divisé par 10
L’élevage des bourdons a été mis au point par le groupe belge Biobest. Les producteurs de Saveol ont testé les premières ruches fin 1990. "Comme les bourdons n’étaient pas plus rentable que le vibrage, nous avons mis en place notre propre élevage, progressivement à partir de 1994. En 2002, nous sommes devenus quasiment autosuffisant", relate Philippe Léon, président du GIE. En 10 ans, le prix de la pollinisation a été divisé par 10. Aujourd’hui, il oscille entre 2000 et 4000 euros/ha/an selon les variétés.