
Sur la rivière du Scorff, la vigilance est de mise. Pesticides et nitrates sont traqués sur deux points de prélèvements, à Lignol et à Pont Scorff. Plusieurs analyses sont réalisées dans l'année, après de forts passages pluvieux. Les résultats interpellent. Si l'atrazine et l'isoproturon ne sont plus un problème, le glyphosate est souvent détecté. « Plus précisément, nous retrouvons la molécule de dégradation du glyphosate dans 70% des prélèvements (80% sur l'ensemble de la Bretagne) », corrige Christophe Tachez, de la Chambre d'agriculture. L'AMPA (nom de cette molécule, plus dangereuse pour l'environnement que la molécule mère) est, en effet, fortement présente depuis 2004. Plusieurs raisons expliquent cette situation. « Après l'interdiction de l'atrazine, les agriculteurs ont probablement utilisé plus de glyphosate. Parallèlement, son prix a baissé, à cette période ». Les agriculteurs ne sont pas les seuls utilisateurs. « Plusieurs molécules ont été interdites. Les collectivités, les jardiniers ou encore la SNCF ont également accru son utilisation ». D'autres molécules de pesticides sont détectées. Certains insecticides notamment, qui ne sont pas ou peu utilisés en agriculture. Christophe Tachez ne désespère pas. « Nous avons été capables de régler le problème pour l'isoproturon en diminuant les doses préconisées. Nous devons en faire de même pour le glyphosate ».
Coûts chiffrés
Dans l'immédiat, la molécule fait l'objet d'une restriction d'usage. Qui pourrait être, à l'avenir, renforcée. La Chambre d'agriculture anticipe en réalisant des essais de destruction de RGI chez des agriculteurs volontaires. « Une destruction chimique, suivi d'un enfouissement au déchaumeur à disque indépendant (DDI), revient à 34 euros de l'hectare. Deux passages mécaniques reviennent à 35 euros de l'hectare », assure Denis Le Bossé, conseiller en agronomie. « Le cover crop, un outil à dent ou le DDI ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients. Tous peuvent néanmoins convenir ». La main d'oeuvre n'est pas prise en compte, dans le coût à l'hectare. Elle n'est pas négligeable lorsque les surfaces sont importantes... En faveur du protocole avec traitement chimique. Malgré cela, l'agronome déconseille fortement le traitement au glyphosate avant labour. Jean Marc Le Clanche, agriculteur à Guidel, abonde. « Cette année, je n'ai fait qu'un seul passage mécanique sur mes RGI avant labour. Les deux passages croisés ne sont pas nécessaires ». La météo peut être une limite, dans ce type de destruction, à cette période de l'année. Un temps sec est impératif.
Un retournement pas sans conséquence
Le taux de nitrates baisse légèrement depuis les années 2000, après avoir connu un pic en 1995. « Le taux moyen est de 23,5 mg/litre sur l'année 2009, avec un pic à 32 mg/litre. L'objectif est respecté mais ça n'empêche pas d'être plus ambitieux, notamment pour répondre à la problématique algues vertes », reprend Christophe Tachez. Le conseiller insiste sur l'effet du retournement des prairies. « Une prairie, consacrée à la fauche, de plus de 3 ans restitue plus de 55 unités d'azote, lorsqu'elle est détruite. Pâturée, et de plus de dix ans, elle peut en restituer 200. Il faut ajouter la minéralisation de l'humus qui libère 70 à 125 unités. Dans tous les cas, la règle est de ne pas fertiliser une prairie retournée, de plus de 3 ans, avant implantation d'une culture de printemps ». Au delà de deux ans, le retournement n'a plus d'effet direct.
Bernard Laurent
Photo : Une douzaine d'agriculteurs ont assisté à un exposé sur la destruction des RGI, organisé par le syndicat du bassin versant du Scorff et la Chambre d'agriculture, vendredi dernier à Quéven. La démonstration prévue a été annulée en raison de la météo. (Photo archives)