
Les jeunes agriculteurs estiment avoir besoin de plus de visibilité pour s’installer, investir. Michel Caignard, responsable de l’Odasea, rappelle que l’investissement moyen pour une installation, c’est 159 000 euros par UTH (une moyenne qui cache des écarts). Le contrat pourrait dès lors être une sorte de garantie pour aller devant les partenaires financiers. « Ce qui ne doit pas exonérer de maîtrise technique, économique .. ». Ils existent d’ailleurs dans le secteur avicole, en œuf notamment. Gaétan Boishardy, jeune éleveur à Maroué, s’est installé avec un contrat. Et n’hésite pas à dire que demain pour réinvestir, il le fera de nouveau dans une démarche contractuelle.
Quelques nuances sont toutefois perceptibles entre les productions. Ainsi Gildas Alléno, éleveur de porcs, ne se voit pas entrer dans un système de contractualisation tant que le rapport de force entre l’aval et l’amont n’est pas plus équilibré. « Aujourd’hui, ce serait uniquement dire combien on va perdre à la fin de l’année ». D’où cette volonté de rétablir un rapport de force plus favorable au travers notamment du MPB qu’ils voudraient plus représentatif. « Nous visons les 100 000 porcs/semaine au lieu des 65000 actuellement ».
Priorité à l’organisation collective
Les jeunes éleveurs laitiers semblent plus avancés dans leur démarche, mais avec des conditions. Ronan Le Denmat les a rappelées dans le rapport : un regroupement des producteurs au sein d’organisations de producteurs, une négociation collective des contrats, une interprofession rassemblant les acteurs et jouant un rôle d’arbitre, d’éclairage des marchés.
Florence Quioc, responsable lait à Coopagri Bretagne, admet que la discussion autour de la contractualisation avait mal démarré suite à la parution d’un document de travail de la FNCL. Les obligations liées à l’approvisionnement avaient été mal perçues. Depuis les divergences semblent s’atténuer : « Les acteurs ont jusqu’à 2015 pour travailler à une solution. Pas d’urgence donc. Il est cependant important d’engager la réflexion ». La coopérative devrait rapidement mettre en place un groupe test sur la base du volontariat.
Pas une assurance tous risques
Reste que ce débat sur la contractualisation peut parfois paraître un peu surréaliste si on l’isole du débat global autour de la politique laitière européenne. Car si sur des aspects comme les obligations de collecte, de qualité, de livraison, les compromis devraient être trouvés, le débat sera sans doute plu ardus sur les questions de volumes à produire et surtout des prix qui y seront attachés.
Olivier Allain, le président de la Chambre, rappelle que « la contractualisation n’est pas un outil de régulation ». Il craint qu’à certains moments l’ambition des transformateurs soit de saturer le marché. « C’est alors l’assurance d’avoir des prix bas ». Les producteurs peuvent donc légitimement s’interroger sur la pérennité des contrats dans un contexte où il n’existerait plus aucun outil de régulation, aucune protection aux frontières, aucune maîtrise de la production. “Dans un système complètement libéralisé, quels pourraient être les engagements sur les prix ?”
Les contrats constituent donc une nouvelle approche des relations dans les filières, probablement pas une assurance tous risques pour les producteurs. Aussi pour certains responsables, avant que de s’y engouffrer, il est sans doute plus urgent de repenser l’avenir de la filière laitière française au sein de l’Union européenne.
Pierre Dénès
Photo : Lors du débat, des approches différentes sont apparues sur la contractualisation. Elle rassure les uns, fait douter les autres.