
Ce début de campagne est marqué par un faible cumul de températures depuis le semis. Pour l'ensemble des stations bretonnes, les sommes de températures en base 0° sont de l'ordre de 65 à 70 % de la normale. Ceci aussi bien pour les semis de début novembre que pour les semis plus tardifs de la mi-décembre.
2010, année froide
Sur ce critère de température, 2010 se situe dans les années les plus tardives avec 2006, 1991 et 2009, pour l'ensemble des semis. Pour les semis tardifs du 15 décembre 2009, l'année 2010 est d'ailleurs l'année la plus froide depuis 25 ans : cumul de moins de 400 °C sur Pontivy.
Le retard prévisible pour le stade épi 1 cm est de l'ordre de 15 à 20 jours. Ce retard est supérieur de 8 jours à 2009. Les situations les plus précoces ont atteint le stade épi 1 cm fin mars. Les situations les plus tardives (semis de la mi-décembre) atteindront ce stade entre le 10 et 20 avril. Les années tardives présentent des durées de montaison courtes, ce qui devrait être le cas en 2010.
Ne pas anticiper l'azote
Aujourd'hui, on distingue sur le terrain 2 types de parcelles. Les parcelles semées avant le 10 novembre, en bonnes conditions, dont le comportement est proche de la normale en terme de croissance, mais ayant un retard significatif en développement, chiffré entre 2 et 3 semaines (épi 1 cm). Et les parcelles semées tard, fin novembre, décembre, qui sont peu développées. Elles se rapprochent de parcelles semées habituellement en janvier ou février.
Il convient d'adapter la conduite en intégrant ces conditions et ce retard pour l'ensemble des interventions à venir. Pour l'azote, ne pas anticiper les apports au stade épi 1 cm, notamment pour les parcelles ayant déjà reçu un premier apport, courant tallage. Les blés les plus chétifs ont des espérances de biomasse au stade épi 1 cm plus faibles et l'apport d'azote au tallage doit être ajusté pour correspondre aux besoins de cette production de matière sèche (ne pas mettre de l'azote pour faire taller). Il convient de réviser à la baisse l'objectif de rendement de certaines parcelles (à affiner en fonction des conditions de montaison).
Régulateur et fongicide
Les impasses de régulateur sont possibles et plus nombreuses qu'à l'habitude, compte tenu du tallage assez faible et du niveau de reliquat d'azote. Il faudra évaluer le risque en fonction du développement, de la sensibilité de la variété et des mesures précises du nombre de tiges de plus de 3 feuilles au stade épi 1 cm.
Les conditions climatiques de l'hiver ont eu pour conséquence un risque climatique piétin verse faible cette année. Pour les rares parcelles qui nécessiteront un traitement, le premier passage contre le piétin verse doit être impérativement réalisé autour du stade 1 nœud. Pour les autres parcelles, la première intervention visera la septoriose à partir du stade 2 nœuds. Les modèles permettront de positionner au mieux l'intervention.
Antoine Bray
Arvalis-Institut du végétal
Photo : Les conditions froides de l'hiver entraînent un retard dans le stade des céréales, d'où la nécessité d'adapter la conduite.