
Il aura fallu l’arbitrage de Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture pour que l’interprofession laitière trouve un accord sur le prix du lait. Les transformateurs ont en fait accepté d’appliquer l’accord du 3 juin 2009 pour l’augmentation du prix du lait d’avril, mai et juin. Ce qui se traduira concrètement par une hausse de 9 à 10 % par rapport aux mêmes mois de 2009. Mais il est assorti de conditions pour la négociation pour les mois suivants. De nouveaux indicateurs vont être discutés pour satisfaire les différentes parties : à la demande des industriels, un indicateur de compétitivité entre la France et l’Allemagne, à la demande des coopératives un indicateur de valorisation des produits industriels (beurre-poudre), à la demande de la FNPL un indicateur des coûts de production.
Chacune des familles peut donc se satisfaire de cette sortie de crise rapide. Et le ministre peut se réjouir d’avoir pu préserver, au moins pour quelques semaines, la paix sociale dans les campagnes. Ce qui ne veut pas dire que les discussions sont closes. Car en acceptant de débattre de ces nouveaux indicateurs, les acteurs de l’interprofession actent aussi le fait que l’accord du 3 juin pourrait être sérieusement bousculé. Tout dépendra en fait du poids de ces nouveaux indicateurs.
Ce dont on peut cependant être assuré, c’est que le différentiel de prix entre des concurrents directs sur les marchés européens ne va sûrement pas perdurer au-delà du 1er juillet. D’ailleurs si cet accord a évidemment été accueilli favorablement par le collège des producteurs au sein de l’interprofession (FNPL), les syndicats minoritaires se montrent beaucoup plus réservés (voir ci-contre).
Futures négociations compliquées
Dans les départements, le répit que permet cet accord ne peut cependant masquer quelques inquiétudes. « Cet accord permet une lisibilité pour les 3 mois qui viennent. Bien sûr ces prix sont insuffisants, mais ils sont le reflet des marchés actuels des produits laitiers ». Hervé Moël, le président de la section laitière de la FDSEA des Côtes d’Armor espère qu’ils vont de nouveau se conforter, rappelant aussi que sur le 3ème trimestre, les indices de saisonnalité seront positifs. Ils sont négatifs pour avril (- 30), mai (-25) et nul pour juin.
C’est l’après 2e trimestre qui inquiète. Hervé Moël interroge : “Pourquoi les laiteries s’intéressent seulement aujourd'hui à la compétitivité avec l’Allemagne. Par le passé des écarts ont déjà existé, mais dans l'autre sens sans répercussion sur le prix français”. Rappelant qu’une récente réunion de filière laitière allemande (producteurs, transformateurs et politiques) a donné clairement les orientations : produire toute la référence laitière allemande, être très présent sur les marchés européens et évidemment mondiaux, avec un accompagnement politique très fort.
Il est particulièrement réservé sur cette tentative d’alignement du prix français sur le prix allemand. D’autant que la France, loin de produire sa référence (seulement 92%), est aujourd’hui la seule à faire de la régulation. Egalement sceptique et méfiant sur la possible cohabitation d’indicateurs tenant compte d’un prix allemand et d’un coût de production français. « Pas sûr que les deux fassent bon ménage ».
Il conclut : « Il faut tout mettre en oeuvre pour que le prix du lait ne devienne pas à chaque trimestre une guerre entre collèges et ce pour finir dans le bureau du ministre ». Une certitude, les négociations à venir risquent d’être compliquées.
Pierre Dénès
Photo : L’accord sur le prix du lait a été conditionné à des négociations sur de nouveaux indicateurs pour l’avenir.
Prix du lait avant flexibilité*
•Avril : 264,84 euros/1000 litres
•Mai : 269,84 euros/1000 litres
•Juin : 294,84/1000 litres
* La flexibilité maximale est de
3,57 E /1000 l pour les entreprises ayant un mix-produits industriels de 40 %.
Les réactions
Confédération paysanne : l'accord du 3 juin 2009 reste un mauvais accord
La Confédération paysanne rappelle qu'elle n'a jamais été favorable à l'accord du 3 juin 2009 . Elle explique qu’ “au 2ème trimestre 2010, même avec une augmentation de 9 à 10 % par rapport à la même période de 2009, le prix restera trop bas pour permettre la rémunération du travail”.
Sur les nouveaux indicateurs, elle estime que : « tenir compte des coûts de production sera pertinent à condition que d'autres indicateurs éventuels comme la «compétitivité France-Allemagne » ou encore les cours mondiaux du beurre et de la poudre, ne viennent pas provoquer un impact négatif ».
FNSEA : J.-M. Lemétayer a appelé à suspendre les actions
Le président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer, a estimé qu’il n’y avait « plus de raison de manifester », après que producteurs et industriels aient conclu un compromis sur la hausse des prix du lait applicable au deuxième trimestre. Déplorant : « C’est bien dommage de devoir aller chez le ministre pour faire respecter un accord".
Coordination rurale : « on limite les dégâts »
La Coordination rurale, elle aussi, considère que cet accord « ne fait que limiter les dégâts ». Selon elle, « s’il est positif de prendre enfin en compte le coût de production des éleveurs laitiers, le risque est grand de voir les références aux cours mondiaux du beurre et du lait en poudre, et aux prix allemands, tirer les prix encore plus vers le bas ».
Fédération des industriels : l’essentiel reste à faire
La Fnil prend acte de la volonté des acteurs de la filière de compléter les indices de tendances pour prendre en compte, en particulier, l’écart de prix du lait avec l’Allemagne. Mais estime que l’essentiel reste à faire. Soulignant que le déséquilibre actuel qui s’est traduit en 2009, entre autres, par une augmentation des importations d’emmental correspondant à la production de deux usines française, ne peut perdurer.
La Fnil estime créer les conditions pour renouer les réflexions interprofessionnelles en acceptant de cautionner la référence aux indices de tendances issus de l’application du protocole du 3 juin 2009. Elle veillera à la stricte application du calendrier de travail.