
Le résultat net de la caisse régionale du Crédit agricole s’établit à 54,3 millions d’euros pour 2009. En hausse de 11 %. Une évolution que décortiquent les responsables de la banque verte, pour apaiser l’éventuelle amertume que pourraient faire naître de tels chiffres livrés brut de décoffrage.
« Au regard du chiffre d’affaires, le résultat atteint l’épaisseur d’un trait », illustre Jean Le Vourc’h, président. Et de mettre en avant les provisions pour risques portées « à 30 millions d’euros, dont 7 millions d’ores et déjà perdus ». Jack Bouin, directeur général, poursuit : « Les réserves pour risques ont augmenté de 25 % en 1 an. Sur deux ans, le coût du risque représente 54 millions d’euros, soit l’équivalent du résultat de 2009 ».
L’agriculture emprunte moins
La conjoncture agricole pèse bien sûr dans l’attitude de prudence de la banque. « Pour résumer, on peut dire que le risque pèse d’abord sur les entreprises, dont agricoles », indique le directeur, en précisant que « les conseillers ont passé la moitié de leur temps à guider, assurer, accompagner les clients ». Cela s’étant entre autres traduit par la restructuration d’emprunts pour deux mille clients (toutes catégories confondues).
Au niveau de l’activité crédit (attribution d’emprunts MT et LT), le secteur agricole enregistre la plus grande baisse (- 20 %). Le secteur représente à présent 12 % du volume de crédits injectés dans l’économie finistérienne par le Crédit agricole.
À cela, il faut ajouter 32 millions d’euros attribués dans le cadre de mesures d’aides (emprunt à taux réduit) en faveur de 1 600 exploitations agricoles. Dont 20 millions d’euros pour les producteurs laitiers. « Un producteur laitier sur 3 », calibre J. Le Vourc’h qui commente : « Globalement, il va manquer 550 millions d’euros aux producteurs laitiers français. Les banques ont fait l’appoint en 2009. Mais il ne faut pas oublier que cette avance de résultat hypothèquera les revenus de 2011 à 2015 compte tenu du différé de remboursement ». Autrement dit, cette aide à la trésorerie sera difficilement reconductible et il faudra que le lait rémunère davantage le producteur pour que ce dernier puisse rembourser.
Situations hétérogènes
C’est donc avec la plus grande vigilance que la banque finistérienne regarde l’évolution du contexte laitier. Des millions d’euros d’encours sont en jeu. Avec des situations très hétérogènes. « Les éleveurs qui ont réalisé les mises aux normes dès le début des années 2000 terminent de rembourser leurs emprunts. Nous sommes par contre plus inquiets pour les éleveurs qui ont lourdement investi ces dernières années », commente le président qui attend avec impatience l’aboutissement du dossier Entremont. Avec une préférence non cachée pour la solution Sodiaal pour ce coopérateur dans l’âme. « Ce que je ne comprends pas, c’est l’ostracisme des banques sur ce dossier. D’autant que Sodiaal a toujours fait face à ses engagements bancaires ».
Didier Le Du
Photo : Mardi, Jean Le Vourc’h, président, et Jack Bouin, directeur du Crédit agricole, ont présenté les résultats de la banque à la presse.