
Depuis toujours l’Armoricaine a su cultiver sa spécificité, faisant très tôt de la qualité du lait son credo et de sa dimension modeste un atout pour s’orienter vers des fabrications originales (lait ribot, fromage, yaourt à boire). Elle a également su cultiver des partenariats commerciaux au départ avec le groupe Even et plus récemment partenaire associé du groupe Laïta. « Cela nous donne des moyens plus importants pour appréhender les marchés », souligne Jean Paul Linet, directeur.
Toujours s’adapter au marché
Au cours de l’exercice 2009, comme les autres entreprises laitières, l’Armoricaine a dû évoluer dans un contexte particulièrement difficile. La crise économique a tendu les marchés des produits industriels, et perturbé la consommation des ménages. « Les habitudes d’achats évoluent, pas toujours dans le bon sens ». Il constate par ailleurs des comportements nouveaux pour tenir compte des sensibilités plus écologiques (taxe carbone, développement durable …). C’est ce qui a notamment conduit l’entreprise à proposer de nouveaux conditionnement en yaourts à boire, comme en fromages.
Sur le dernier exercice, la coopérative enregistre des évolutions favorables pour ses fabrications : lait ribot (+8,76 %), yaourts à boire (+0,80 %), crème fraîche (+15 %). En fromage, la baisse de quantités est à relativiser. “Nous faisons une bonne année en conditionné”.
Les augmentations de volumes sont le plus souvent liées à des adaptations de packaging, de conditionnement pour répondre aux différents marchés. « Sur le marché des yaourts à boire, nous n’avons pas moins de 70 références différentes, en arômes, en conditionnements, en étiquettes … ». Jean Linet illustre ainsi la capacité d’innovation et la réactivité d’une petite structure qui a gardé son autonomie politique et décisionnelle, ses outils de recherche et de développement.
Inquiétude sur le prix
Sa spécificité ne l’exonère cependant pas des contraintes économiques et des difficultés du marché. Le président Arthur Jaglin ne cache pas son inquiétude sur l’évolution du prix du lait qui a baissé en 2009 de 16,74 %.
Dans son rapport d’orientation, il rappelle le consensus interprofessionnel qui a permis une orientation positive du prix du lait sur le 1er trimestre 2010. « Pour que cet accord se pérennise, il faudrait que les prix allemands et français soient en cohérence, et ainsi évoluer équitablement sur les marchés. Il faudrait aussi que les hausses sur la matière première puissent se répercuter sur les produits finis, ce qui n’est absolument pas le cas actuellement ».
Le décalage persistant entre les prix payés aux producteurs au sein de l’Union européenne, 30 à 40 euros/1000 litres sur 2009 entre la France et l’Allemagne, risque donc de devenir rapidement intenable. « Les importations d’emmental en 2009 ont atteint les 40 000 tonnes. Le yaourt à boire dans un magasin discount de Quintin vient d’Autriche ». Les entreprises françaises souffrent d’un manque de compétitivité par rapport à leurs concurrents. « On risque d’assister à une baisse généralisée des prix. Les grandes marques ont perdu du terrain au profit des marques distributeurs et des discounters ».
Pas franchement rassurant pour les producteurs dans la perspective des négociations sur la fixation des prix pour les prochains mois. Elles s’annoncent d’ores et déjà difficiles. L’Armoricaine compte cependant sur ses capacités d’innovation, sa réactivité, son savoir-faire pour servir au mieux les intérêts de ses adhérents. Rappelant aussi son ancrage sur le territoire, la taille humaine d’une structure proche des ses adhérents, sa contribution au maintien de l’emploi. « Nous sommes passés ces dernières années de 45 à 70 salariés ».
Pierre Dénès
Photo : Arthur Jaglin, président (à droite) et Jean Paul Linet, directeur mettent en avant les produits spécifiques de la coopérative.
Les principaux chiffres de la coopérative
Production
Collecte 2009 : 36,921 millions de litres (- 6,51 %)
Production moyenne par exploitation: 345 065 litres
Prix net moyen payé en 2009 : 299,25 euros /1000 litres
(-16,74 %)
Commercialisation
Crème vrac : 1787 tonnes (- 22%)
Crème fraîche : 1,655 million de litres (+15,3%)
Lait ribot : 2 millions de litres (+ 8,76 %)
Yaourt à boire : 9128 tonnes (+ 0,80 %)
Fromage : 475 tonnes (- 6,51 %)
Lait écrémé vrac : 17000 tonnes (-11,79 %).