
Il n'y a pas de déchet en soi. C'est vraiment quelque chose que l'on peut remettre en question." Partant de ce postulat, Joël Tingaud, le PDG des Ateliers de l'Argoat, fabricant d'andouilles et d'andouillettes de qualité à Plélan-le-Grand (35), a remué ciel et terre. Fraîchement arrivé à la tête d'une entreprise économiquement mal en point, en 2004, il fait le constat qu'une bien maigre part de la matière première est valorisée. "Quand on en achetait 100 kg, on obtenait à peine 30 kg de produits finis et le reste, c'était du déchet et de la vapeur d'eau." Des déchets générant, bien sûr, eux-mêmes un coût. D'où l'idée de les valoriser. "J'ai rapidement eu contact avec Pierre Madoc, de la société Biothermie (Vannes) qui a pensé à transformer l'huile en biocombustible." L'idée était lancée, restait à la concrétiser.
Chemin tortueux
Mais c'est par un chemin parsemé d'embûches, à la fois techniques et réglementaires, qu'il faudra passer. Après des mois d'expérimentations (notamment avec la plateforme technologique Prodiabio de l'Université de Bretagne Sud), et grâce à une bonne écoute de la Drire, la phase opérationnelle intervient enfin, en janvier 2009. Le principe : les graisses sont piégées dès la table de fabrication des produits. Elles sont alors fondues et déphasées dans un décanteur lamellaire pour séparer l'eau et les matières solides de l'huile animale. "Le fait d'enlever de la graisse, dès cette étape, améliore les conditions de travail, les tables étant moins graisseuses et glissantes", souligne le PDG. Les charges polluantes, quant à elles, ont diminué de 25 %. L'huile est ensuite stockée dans une cuve. Avant que n'ait lieu la fameuse transformation en biocombustible, dans la chaudière conçue spécialement. "Au lieu de 280 – 300 t de déchets, nous en produisons aujourd'hui 100 t et je pense qu'on pourra en récupérer encore 15 – 20 t, chiffre le PDG. Et, en 2009, nous avons pu remplacer le gaz par du biocombustible à hauteur de 60 %. Il devrait l'être à 75 % en 2010."
Payé en 5 ans
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : - 50 % de la facture d'enlèvement des déchets, - 20 % de la facture d'électricité (le ballon d'eau chaude est chauffé par la vapeur d'eau générée par la chaudière), - 60 % de la facture de gaz… "Nous prévoyons un retour sur investissement de 5 ans", indique Joël Tingaud. Le tout aura coûté 380 000 euros, desquels il faut soustraire les 104 000 euros de subventions (Ademe, Agence de l'eau, Conseil général). Le jeu en valait la chandelle. "Quatre – cinq ans ont été nécessaires pour monter le projet, qui était loin d'être gagné d'avance. Je suis heureux qu'on ait eu l'opiniâtreté nécessaire pour aller au bout", se félicite le dirigeant, qui n'exclue pas de voir utiliser une partie des déchets restants (graisses) dans des unités de méthanisation agricole, par exemple.
Anne-Laure Lussou
Photo : Joël Tingaud, PDG des Ateliers de l'Argoat a diminué de 60 % la consommation d'énergie fossile de l’entreprise.
Une initiative récompensée
La roue tourne, pour les Ateliers de l'Argoat (66 salariés). Après des temps très difficiles, ce sont aujourd'hui les récompenses qui pleuvent, sans toutefois faire perdre une once de pragmatisme à son dirigeant, prudent. Au rang des récompenses reçues : le prix Environnement et entreprise du Salon national Pollutec, l'Oscar "Durable" du Département Ille-et-Vilaine. Et la belle aventure pourrait se poursuivre, puisque le ministère de l'Environnement a présenté au plan européen, dans le cadre d'un nouveau concours, le dossier des Ateliers de l'Argoat.