
La mise en groupe des truies gestantes, applicable en 2013 à toute installation, s’assortit de choix parfois difficiles à intégrer au parc bâtiment. Indépendamment de l’adaptation de l’éleveur à ce nouveau type de conduite, cette obligation nouvelle réclamera certainement une phase de transition.
Le choix du système en fonction de l’élevage existant est primordial :
• grands ou petits groupes ?
• paille ou caillebotis ?
• auges ou Dac ?
• réfectoires ou bat-flanc ?
Hormis les éleveurs qui investissent dans le neuf et qui en ont la possibilité financière, les choix sont le plus souvent dictés par la contrainte de l’existant : place dans les bâtiments actuels, situation des bâtiments les uns par rapport aux autres, conduite en bandes…
Objectif : « caser » au mieux le nombre de places gestantes bien-être nécessaires en conservant une cohérence globale de l’élevage.
Des investissements conséquents
Chaque élevage est un cas spécifique. Cependant, en règle générale, la surface supplémentaire nécessaire s’élève à plus de 20 % pour les systèmes à l’auge et jusqu’à plus 10% pour les systèmes avec Dac. De fait, entre la rénovation de l’existant, le Dac éventuel, les places neuves supplémentaires, l’investissement atteint environ 500 euros/place de gestante dans l’élevage, soit environ 350 euros/truie présente*. Précisons qu’une place gestante bien-être neuve coûte environ 1400 euros.
Les éleveurs trouveront-ils un financement pour pouvoir investir ? Après trois années de crise, leur situation est critique : un tiers des élevages affiche aujourd’hui un taux d’endettement atteignant ou dépassant les 100 % !
En supposant que les chantiers « bien-être » puissent être réalisés pour le 1er janvier 2013 - ce qui semble irréaliste - une reprise rapide des cours du porc s’impose pour permettre à bon nombre d’élevages de perdurer. Cette reprise ne saurait être sporadique pour que les producteurs puissent faire face aux nouvelles charges issues du bien-être animal ; aucun nouveau produit n’étant généré en contrepartie de cette réglementation.
Un raisonnement global
Le bien-être et la restructuration risquent de se « télescoper » chez de nombreux producteurs naisseurs engraisseurs partiels, représentant la majorité des élevages. L’étude économique doit intégrer ces deux composantes en parallèle.
La part des truies « naisseurs », faisant appel à du façonnage, va exiger des capitaux importants :
• en restructuration pour la partie engraissement (9 places d’engraissement x 350 euros = 3150 euros) ;
• en bien-être : le manque de place dans la gestante actuelle va nécessiter des investissements en places gestantes bien-être neuves pour un certain nombre de truies à la marge.
Ces truies « naisseurs » peuvent donc générer des investissements de l’ordre de 1400 euros / place gestante supplémentaire, soit environ 1000 euros / truie présente correspondante.
D’autre part, ces truies immobilisent également des capitaux finançant le stock correspondant pour environ 1000 euros. En synthèse, plus de 5000 euros de capitaux devront être immobilisés pour poursuivre l’activité sur ces truies dites « à la marge ».
Face à ce constat, une question essentielle se pose : faut il investir en bien-être et restructurer à 100 % afin de rentabiliser le droit à produire, ou faut il réduire la toile ?
À chacun sa réponse. L’étude comparative est primordiale. Elle doit tenir compte des particularités de l’entreprise, en intégrant la composante main-d’œuvre, l’existence d’une fabrique ou pas, la conduite en bandes, la rentabilité de l’outil actuel, le devenir de l’élevage et enfin, sa situation financière.
Noëlle Ravalec, CER FRANCE Finistère
*Montant auquel se rajoute le coût éventuel de trans-formation des caillebotis
-------
Déjà en application
Applicables en 1998 pour toutes les installations
• la fixation des surfaces minimales par type d’animal
Applicables en 2003 pour toutes les installations.
• Alimentation des truies gestantes à base de deux types d’aliments
• Accès permanent à de l’eau fraiche en quantité suffisante pour tous les porcs âgés de plus de 2 semaines
• Accès simultané de tous les porcs à l’auge avec 1 repas minimum par jour
• Soins aux porcelets avant 8 jours (dents, queue, castration)
• Conditions d’élevage en maternité
• Sevrage à 28 j (21 jours si existence de nursery ) sauf indication thérapeutique
• Accès permanent pour tous les porcs en groupe à des matières manipulables
• Eclairement minimum de 40 lux de tous les porcs au moins 8 heures par jour
• Absence de bruit soudain ou continu supérieur à 85 db
• Formation des éleveurs aux soins
Applicables en 2005 pour toutes les installations
• Cases verrats de 6 m2 (10 m2 si saillie naturelle)
Applicables en 2006 pour toutes les installations
• L’interdiction des truies à l’attache pour toutes les installations (1995 si 1ere mise en service)
À réaliser
Applicables en 2013 pour toutes les installations
• Truies gestantes * en groupe intégrant de nouvelles normes de surface, une modification de la nature des sols et l’accès permanent à des matières manipulables
(application 2003 si 1ere mise en service de bâtiments gestantes)
• De nouvelles normes pour les caillebotis béton par type d’animal
(application 2003 si 1ere mise en service de bâtiments)
Histoire d’une réglementation à tiroirs
Le bien-être animal a fait couler beaucoup d’encre et réuni de nombreuses commissions d’experts. La réglementation de base se retrouve en 1980 dans le code rural (décret 80-791). Elle a été depuis largement complétée par de nombreuses directives européennes (1991/630; 1998/58; 2001/88; 2001/93 ; rapport de la commission 2005; rapport de la commission 2008.)
Plusieurs textes se sont ainsi superposés pour aboutir à une série de mesures dont les dates d’application s’échelonnent de 1995 à 2013 (lire tableau ci-dessous.)