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Sommaire | " POLITIQUE AGRICOLE " | Article n°10527 |
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LAIT / Les coopératives proposent un indicateur de compétitivité - Les industriels privés plongent l’interprofession dans l’impasse
 

C’est un vrai coup sur la tête qu’ont porté les transformateurs privés, regroupés au sein de la Fnil (fédération nationale des industriels laitiers), aux producteurs de lait de la FNPL. Réunie, le 18 mars dans le cadre de l’interprofession, la Fnil a claqué la porte du comité sur le prix du lait. Elle refuse de cautionner les indices de tendances du prix payé aux producteurs pour le second trimestre. Ces indices résultent de l’application de l’accord du 3 juin. Après 10 mois d’existence, cet accord politique obtenu à l’arraché par l’ancien ministre Michel Barnier, à quelques jours des élections européennes, a du plomb dans l’aile.


De l’autre côté du Rhin


Pour les industriels privés et coopératifs, le problème se concentre de l’autre côté du Rhin chez nos voisins et néanmoins concurrents allemands. « Avec un prix du lait supérieur de 15 % en 2009 à celui payé en Allemagne, notre principal client et fournisseur, le prix français s’inscrit parmi les plus élevés d’Europe » explique la Fnil. « Ne pas tenir compte de cette situation serait dévastateur en termes de développement économique pour les territoires français, d’emplois industriels et de débouchés pour les producteurs de lait français ». Évidemment les producteurs de lait ne l’entendent pas de cette oreille. La FNPL rappelle que la compétitivité ne peut se mesurer au seul prix de la matière première. Le syndicat maintient que l’accord du 3 juin doit s’appliquer. Elle a publié les 3 indices de prix qui enregistrent des hausses respectives de 5,7 ; 8,7 et 11,6 % selon le mix produit des entreprises, par rapport au prix moyen 2009. Les réunions régionales des interprofessions débutaient lundi.


Les producteurs réagissent


Les organisations représentatives des producteurs de lait réagissent après le blocage des négociations provoqué par les industriels. « La position des industriels est totalement inacceptable » explique Pascal Ferey, président de la FRSEA Basse Normandie et vice-président de la FNSEA : « lorsque le prix du lait était supérieur en Allemagne qu’en France, ces industriels se sont bien gardés de demander une indexation sur les  prix allemands, remarque-t-il. Nous nous tenons prêts à réagir. » Sur le plan régional, une concertation a eu lieu le 19 mars avec l’Apli, la Coordination rurale et à laquelle la Confédération Paysanne était invitée. En début de semaine,  les syndicalistes, tant sur le plan national que régional, s’efforcaient de mobiliser les pouvoirs publics pour que le ministère de l’Agriculture intervienne. Une campagne d’explication pourrait aussi avoir lieu auprès des consommateurs dans les grandes surfaces. D’autant que les GMS affirment que des hausses de prix ont été accordées aux industriels pour ce début de 2010.


L’influence de Lactalis


Plusieurs syndicalistes voient, derrière le durcissement de la position de la Fnil (Fédération de l’industrie laitière), l’influence du groupe Lactalis, premier groupe laitier français. Dans un communiqué, la Coordination Rurale invite les membres de l’interprofession à rejoindre le combat qu’elle mène « pour véritable régulation européenne de la production plutôt que de prôner un libéralisme destructeur de l’idée européenne. » La FDSEA et les JA d’Ille et Vilaine, dans un communiqué, évoquent l’achat par certaines entreprises de «  châteaux en Espagne ». Indirectement visé : Lactalis et l’accord de principe pour  l’achat de la branche lait de consommation du groupe espagnol Ebro Puleva basé à Grenade qui lui permettrait de devenir leader en Espagne de l’industrie laitière.
Mercredi à 5 heures du matin, près de quarante producteurs de lait se sont réunis et ont manifesté devant le site Lactalis de Bourgbarré (35), à l'appel des syndicats FDSEA et JA d’Ille-et-Vilaine.


Un indicateur de compétitivité


La FNCL (coopératives) n’était pas pour la solution radicale qui est de ne pas cautionner les indices de prix du second trimestre. A court terme, la FNCL demande l’application progressive d’un indicateur de compétitivité à partir du 3e trimestre ( le prix et les volumes de lait produits en fonction de la conjoncture des marchés) et la mise en oeuvre de sa proposition de réguler le couple « volume/prix » de façon différenciée, s’appuyant sur un indicateur de la valorisation du lait sur les marchés beurre et poudre. « C’est la seule solution concrète pour sortir de l’impasse où est plongée l’interprofession », souligne la FNCL. Depuis décembre, les industriels avaient mis une condition à l’acceptation de l’accord du 3 juin : « Trouver des points de repère précis par rapport au décrochage du prix français ». Un groupe de travail s’était constitué.


 




 


“Les producteurs estiment que les transformateurs conservent une trop grande part de la marge de la filière laitière et qu’ils ont donc les moyens de payer le lait plus cher.”


L’AVIS DE...


Bertrand Posté, Délégué régional de la FNIL


« Sous la dénomination « marge brute », l’Observatoire des prix et des marges publie l’indicateur suivant : « prix de vente sortie usine – prix d’achat du lait départ ferme ». Il s’agit donc de la valeur ajoutée réalisée par l’industrie laitière. Mais la transformation du lait est une opération coûteuse, qui nécessite des outils industriels complexes. Identifier des marges selon un tel calcul, sans prendre en compte les coûts de production, n’a aucune signification économique. La réalité, c’est l’enquête annuelle de l’Insee qui l’a publiée en 2007 (dernière année connue) : la marge nette de l’industrie laitière est comprise entre 1% et 1,9% selon les produits et leur mix, ce qui ne fait pas de l’industrie laitière un secteur des plus rentable. La FNIL a remis en cause l’accord du 3 juin en raison de la dégradation de notre compétitivité. En 2009, les importations ont représenté la perte d’activité de deux usines sur des produits comme le lait de consommation et l’emmental. Le décalage du prix du lait français en est la principale raison. »


François Plougastel, Membre de la section laitière FRSEAO


« Certaines entreprises ont, en toute vraisemblance, les moyens de payer le lait plus cher ; pas toutes. Mais, ce ne sont pas forcément celles qui tirent les négociations vers le bas qui ont toujours le moins de moyens. Dire que les transformateurs captent 50 % des marges de la filière semble précipité. Si l’on sait que le prix des produits laitiers à la consommation a baissé de 1,4 % en 2009, on sait aussi que le prix sortie usine a reculé de 8 % sur la même période. Aujourd’hui, l’observatoire mis en place par le ministère est trop imprécis pour bien visualiser la répartition des marges au sein de la filière. Par exemple, n’apparaît pas la part qui revient à l’intermédiaire situé entre la transformation et le point de vente. Autrement dit, on ne connaît pas la part captée par les centrales d’achat. »


Gilbert Keromnès, Président de la section laitière Coop de France Ouest


« Les coopératives laitières se trouvent en concurrence directe avec les autres acteurs. Elles ne peuvent donc pas ignorer les marchés et, par exemple, payer le lait 30 à 40 €/1 000 litres de plus.
Il n’en demeure pas moins que le mix-produit propre à chaque entreprise génère des différences de rentabilité entre laiteries. L’idéal étant de transformer le maximum de lait en produits qui dégagent la plus forte valeur ajoutée. La particularité des coopératives est de pouvoir, au travers de l’engagement coopératif et en fonction des résultats, reverser des ristournes ou des compléments de prix aux adhérents. Ce que ne fera pas une entreprise privée. Dans le prix du lait, il faut donc tout intégrer. Y compris l’attachement de la coopérative à un territoire qui est la meilleure garantie de voir son lait collecté et transformé. »



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Date de l'article : semaine du N° du 26 Mars au 1 Avril 2010
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