
Aller plus vite et plus loin. C'est en quelque sorte le message qu'a délivré Laurent Kerlir à Xavier Beulin, vice-président de la FNSEA, à l'AG du syndicat, mercredi 10 mars, à Josselin. "Le projet de Loi de Modernisation Agricole (LMA) est trop mou. Certaines positions nationales, de la FNB, de la FNPL et de la FNSEA sont trop timorées". La solution passe par l’organisation collective avec transfert de propriété dès maintenant. "Ce doit être le combat principal, je dirai même l’unique combat économique jusqu’à sa concrétisation". Regrouper l'offre au sein d'organisations collectives de producteurs, elles-mêmes fédérées en association, qui détiennent la matière première et ont la force de négociation avec les transformateurs. Ce transfert de propriété n'est, à ce jour, pas permis aux associations d'organisations de producteurs, sauf en fruits et légumes. L'abus de position dominante (droit de la concurrence) est également un obstacle. "Ces limites ne doivent pas nous décourager. Il faut procéder par étapes", encourage Laurent Kerlir.
Avec le Collectif des Acteurs Économiques Bretons, le syndicat a écrit au président de la République, pour qu’il enterre la taxe carbone. "Pas de contrainte environnementale qui ne soit imposée à tous, en France et en Europe. Je veux y ajouter : les mêmes contraintes aux produits importés. La récente déclaration du chef de l'État est pleine de bon sens. Peut-on espérer enfin que les paroles soient suivies des actes?". Les divergences avec le ministère de l'Environnement perdurent sur la licence qui pourrait être accordée aux camions de 44 tonnes (40 tonnes actuellement). "Un décret suffirait. Cela permettrait d'économiser plusieurs millions d'euros pour les entreprises", précise Xavier Beulin, qui a également pointé du doigt les distorsions de concurrence occasionnées par l'aspect « conditionnalité », au niveau de la Pac « Ce sont des surcoûts que nous aurons du mal à transférer sur le produit de vente aux consommateurs ».
Contrat type par filière
Xavier Beulin considère que le projet de loi de modernisation agricole va dans le bon sens. « Une bonne occasion de participer activement à l'organisation des filières ». Il déplore le manque de leaders actuels dans les filières françaises, avec suffisamment de poids pour établir un rapport de force lors de la mise en marché. « Nous considérons qu'on ne peut pas bâtir de stratégie industrielle et commerciale s'il n' y a pas de politique de filière avec un engagement contractuel et un rôle bien défini pour chacun ». Il souhaite renforcer le rôle de l'interprofession. « Elle doit définir un contrat type par filière. La défense individuelle passe par un engagement collectif ». Il propose un contrat pluriannuel entre la matière première végétale et la filière nutrition animale pour un volume donné de manière à écrêter les prix, sans toutefois s'affranchir du marché.
Bernard Laurent
Photo : Laurent Kerlir, à droite, et les dirigeants de la FDSEA ont accueilli Xavier Beulin, vice-président de la FNSEA, le 10 mars à Josselin.