
Des essais concluants sortaient des serres de la Stepp (Station d'expérimentation de Langueux) en 2000. Dès l'année suivante, Alain et Daniel Brichet, horticulteurs à Lannion (22), investissaient dans des filtres lumineux qui permettent une meilleure maîtrise de la qualité et une utilisation moindre des régulateurs de croissance chimiques. A petite échelle d'abord, bâtissant leur propre expérience sur les plantes de leur exploitation et leurs outils.
"Nous avons essayé sur toutes les espèces que nous produisons. Cette technique montre des résultats très intéressants sur 80% des plantes globalement. Les végétaux de couleur vert foncé répondent mieux : plants de choux, tomates, cucurbitacées, aubergines, pensées, surfinia, chrysanthème, géranium… La filtration de la lumière peut par contre engendrer un stress chez d'autres végétaux, les rendant plus vulnérables : la salade par exemple", détaille Alain Brichet.
6 000 m2 équipés
Tout en conservant une quantité maximale de lumière pour la photosynthèse, les bâches Solatrol (commercialisées par Plastidis - 22) filtrent les rayons lumineux pour empêcher le déclenchement du "syndrome d'évitement de l'ombre". La plante soumise à ce syndrome allonge ses entrenoeuds, se ramifie moins et développe de petites feuilles, ce qui n'est pas intéressant commercialement. "Aujourd'hui, 6 000 m2 sur les 20 000 m2 de serres au total sont équipés de ce type de bâches. Et cela devrait augmenter".
Le coût est 3 à 4 fois plus important que celui d'une bâche classique en polyéthylène, mais elles permettent d'être prêt à répondre au marché - très dépendant de la météo - avec des produits de qualité. Les plants peuvent être stabilisés sur deux à trois semaines. En plantes fleuries, les bâches réduisent le recours aux nanifiants chimiques, coûteux et potentiellement dangereux pour ceux qui les appliquent. "Les filtres Solatrol sont moins épais que les bâches classiques. Des précautions sont à prendre à la mise en place. Par la suite, elles affichent une bonne longévité".
Le passage aux filtres lumineux a demandé aux horticulteurs une adaptation technique. Les plantes ne doivent pas y être placées trop tôt. "En chrysanthèmes, la floraison peut être plus précoce de 1 à 2 semaines. Nous ne mettons plus certaines variétés sous les filtres", précise Alain Brichet.
Moins de traitements grâce au déshumidificateur
Sur le plan phytosanitaire aussi, la réduction des traitements chimiques est engagée. "Nous avons acquis un déshumidificateur en fin d'année pour un coût de 11 000 euros. L'appareil est mobile et peut donc être utilisé dans les différentes serres". En faisant baisser l'hygrométrie, le déshumidificateur amène à moins de traitements contre les maladies, notamment champignons. L'autre intérêt est le gain énergétique. "Les serres sont moins ouvertes pour évacuer l'humidité. Le gain théorique est de 25% sur la facture énergétique : 15 à 20 000 euros par an sur notre exploitation actuellement", chiffre Alain Brichet qui utilise, pour le chauffage des serres, du gaz de ville ou en bonbonne et du fuel. Les écrans thermiques sur certaines serres participent aussi au gain d'énergie. Ils apportent par ailleurs une possibilité d'ombrage des productions. La qualité prime sur l'exploitation.
Agnès Cussonneau
Les filtres lumineux, placés sur le haut des serres, contribuent à rendre les végétaux esthétiques, plus compacts et ramifiés. "C'est une exigence sur notre marché", précise Alain Brichet.
Terreau enrichi en compost et engrais retard
Depuis 25 ans, les Etablissements Brichet ajoutent du compost dans le terreau des plantes potagères. "Le compost bio que nous utilisons, à base d'algues, de fientes de volailles et de déchets verts, riche en vie microbienne, favorise un bon état sanitaire des plantes, ce qui réduit les traitements", note Alain Brichet. Ce terreau permet aussi de constituer des mottes pressés qui restent compactes jusqu'à l'utilisation, avec à la clé moins d'emballages. En plantes fleuries par contre, des godets sont employés contenant un terreau plus allégé. Depuis une dizaine d'années, de l'engrais retard (enrobé) est utilisé, avec l'intérêt de se diffuser progressivement, sur 3 à 9 mois. Les engrais solubles sont ainsi réduits.
Différents climats
Situés dans la ville de Lannion, les Etablissements Brichet disposent de 2 ha couverts : serres verre ou en plastique, chauffées ou non, et plus petits tunnels. La possibilité de créer différents climats leur permet une variété de productions, dont 60% de plantes potagères et aromatiques à destination du grand public. Les productions restantes se partagent entre des plantes à massifs et des plantes en pots. Les deux frères Alain et Daniel Brichet emploient 8 salariés permanents et le même nombre de saisonniers. Ils réalisent un chiffre d'affaires de 1,5 million d'euros dans des jardineries et chez d'autres horticulteurs, en Bretagne principalement.