
Après trois années de crise, la filière lapins est encore dans la détresse, faute d'accord entre producteurs et abatteurs. "Les éleveurs estiment avoir fait des efforts de maîtrise de la production, depuis 2007", souligne Alain Guillotel, président de Celtalliance. "Les abatteurs ne veulent pas prendre en compte les demandes des groupements pour fixer la grille de prix 2010. Nos dernières propositions (1,60 euro/kg jusqu'à la semaine 30 puis 1,625 euro au-delà) ont été refusées par la FIA". Ce qui a provoqué le blocage des camions de ramassage, par les syndicats, la semaine dernière.
Diminution des éleveurs
"L'autisme des abatteurs de lapins conduit la filière au mur", poursuit Alain Guillotel. "Alors qu'ils ont besoin de lapins. Depuis l'automne, les abattoirs se concurrencent entre eux. Plus que jamais, il faut être fermes", ajoute Eric Guillermic, animateur du groupement. 2010 sera une année décisive. Car au fil des mois de crise, le nombre d'éleveurs diminue. De 2007 à 2010, le groupement a perdu 44 éleveurs, la majorité pour difficulté financière.
"Ces deux dernières années, la hausse du coût des matières premières de l'aliment a été l'un des éléments de dégradation des revenus", explique Pierre Arnaud Wacquez, de Celtalliance SAS. Pour une base 100 en 2006, l'aliment a atteint 135 en 2008, pour redescendre actuellement à 106. Pour donner plus de lisibilité aux éleveurs, Pierre-Arnaud a décortiqué la composition de l'aliment lapin. La protéine est apportée par le tournesol dont les prix restent tendus à court terme. D'autres composants, comme le son de blé, la pulpe de betterave ou la luzerne ont baissé. Avec ces éléments, le prix de l'aliment devrait rester stable jusqu'à l'été.
Prix d'équilibre
Le prix d'équilibre correspond au prix auquel doit être vendu le kg de lapin pour faire face aux charges. Ce prix suit de près l'évolution de l'aliment, il se situe actuellement autour de 1,65 euro/kg. Il était à 1,95 euro au plus fort de la crise, avec une cotation à 1,60 euro, ce qui explique la dégradation des trésoreries. Ce décalage entre prix d'équilibre et prix de vente a nécessité un gros travail d'anticipation sur le terrain, élevage par élevage, pour déterminer les points faibles et prendre les décisions adaptées.
Les écarts entre les résultats techniques des élevages montrent également les marges de manœuvre encore possibles pour maîtriser les coûts et notamment les dépenses de santé. "Les adhérents continuent à faire des efforts pour assurer la pérennité de leurs élevages", déclare Alain Guillotel. "Tous ces efforts et ces gains technico-économiques devront se traduire dans le revenu. C'est l'axe de travail majeur du groupement, au travers de la défense du prix de vente".
Patrick Bégos
Photo : De gauche à droite, Eric Guillermic, animateur de Celtalliance, Alain Guillotel, président et Michel Salaun, vice-président.
Celtalliance en quelques chiffres
•40 243 cages-mères chez 75 adhérents (âge moyen de 49 ans)
•Le nombre de cages-mères a baissé de 9,2 % en 1 an.
•La taille moyenne est de 543 cages-mères par élevage (en hausse de 10 %).
•Celtalliance a commercialisé 2,53 millions de lapins, dont près de 60 % sous charte de qualité.