
Les cotations de l'œuf ont été satisfaisantes en 2009, et 2010 a bien démarré. "Dans un contexte de baisse du pouvoir d'achat, le prix de vente peu élevé de l'œuf a favorisé une progression de sa consommation de 5 %", souligne Jean Quennemet, président d'Armor Oeufs. Il faut aussi regarder vers l'Allemagne, où la production a marqué le pas. "Mais, cette situation ne durera pas et les deux prochaines années doivent être mises à profit pour se mettre aux normes bien être, tout en conservant la compétitivité".
"Le passage aux normes 2012 a nécessité un lourd réinvestissement dans des poulaillers en cours d'amortissement, pour certains". déclare le président d'Armor Œufs. Deux questions sont encore sans réponse. Y-aura-t-il report de l'échéance du 1er janvier 2012 ? Comment vont évoluer, à terme, les systèmes de production ?
Pas de report
Le report d'échéance demandé par la Pologne a eu peu d'échos à Bruxelles. "La Commission a rappelé qu'il était hors de question de revenir en arrière et que les Etats membres disposent du fonds de développement rural pour soutenir les élevages". En France, les responsables politiques ne veulent pas du report. Il y aura, sans doute, un peu de souplesse dans les délais pour accompagner les situations particulières car d'autres pays comme l'Italie, l'Espagne… sont très en retard dans la mise aux normes.
Françis Damay, président du CNPO, indique "qu'il est trop tôt de sortir les arguments, face aux détracteurs de la poule en cage mais assure que la filière trouvera les solutions pour les éleveurs qui ne pourront pas modifier les cages".
Quel système privilégier ?
L'inquiétude va au-delà de la mise aux normes. Comment vont évoluer les parts de marché ? Faut-il privilégier l'œuf en cage, l'œuf volière, l'œuf au sol, l'œuf plein air ou l'œuf bio ? "Difficile de le dire mais, on peut s'attendre à des jours difficiles lorsque la période de mise aux normes sera passée", pense Jean Quennemet.
Pour Olivier Athimon, responsable de la filière œuf, "il faut avoir le bon œuf, au bon moment et en quantité suffisante. Nos ventes d'œufs se font à 30 % vers la grande distribution, 30 % vers la restauration collective et 30 % vers les ovoproduits IAA. Les attentes diffèrent d'un segment à l'autre".
Plus d’alternatifs en GMS
Le marché des GMS est tiré par l'œuf alternatif plein air ou bio, qui a progressé de 10 %. "Les GMS seront intransigeantes en 2012, face à pression des lobbies écologistes. Notre mix-produit (actuellement autour de 30 % d'œufs alternatifs) va progresser jusqu'à 50 %, sans abandonner l'œuf en cage". Les ovoproduits pour l'agroalimentaire, constituent un marché de prix, très concurrentiel. Plus de 90 % des clients demandent de l'œuf en cage, plus sécurisé au niveau sanitaire. "En restauration collective, (œufs liquides, durs et omelettes), le marché restera ferme sur les normes bien-être 2012. Les enseignes de restauration ne prendront aucun risque et ne demanderont que des œufs conformes à la directive".
Quel type d'œuf pour demain ? Difficile de répondre car les marchés peuvent se retourner. "Un éleveur qui se met aux normes investit beaucoup et au minimum pour 15 à 20 ans", déclare Jean Quennemet. "Quoi qu'il en soit, chacun doit calculer son projet au plus juste, car le coût de production restera un élément de compétitivité incontournable".
Patrick Bégos
Photo : De gauche à droite : Franck Picard, vice-président d'Armor Œufs, Jean Quennemet, président et Roland Burban, vice-président.
28 % sont aux normes
Hugues Mongé, de Sanders Bretagne, a détaillé l'évolution de la situation, à Armor Œufs. "Nos adhérents détiennent actuellement 4,6 millions de poules en cage. 28 % sont aux normes 2012. Nous avons totalisé 730 000 poules dans des élevages qui cesseront leur activité. Et 25 projets sont en cours pour 1,5 million de poules. Il reste donc 1,1 million de places, soit le quart des effectifs, pour lesquels les éleveurs sont indécis devant l'investissement".