
Elle m'inquiète beaucoup, la remise en cause actuelle de l'élevage, s'exprimait le président Jean-Louis Hervagault, lors de l'assemblée générale de l'association Salers de l'Ouest, le 10 mars. Il s'agit d'une production propre. Or, les accusations qu'on lui porte actuellement lui nuisent gravement : les conséquences en terme de consommation peuvent être très lourdes." La viande bovine pâtissant déjà de son prix, réputé supérieur à celui des autres viandes, les accusations actuelles, sur le terrain environnemental, ne font en effet rien pour arranger la chose. D'où le souhait de l'Association de réfléchir, lors de son assemblée générale, à des arguments à opposer aux détracteurs.
Des lobbys puissants
Mais il se trouve que ces derniers sont très puissants, et très suivis médiatiquement parlant. "En fait, les lobbys végétariens ont trouvé, là, un sujet "pain béni", car ils peuvent associer leur cause à celle des environnementalistes. Le problème est qu'ils font très souvent des amalgames, relève Christian Veillaux, de la Chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine, relatant les résultats d'une étude de Bernard Malabirade, éleveur et vice-président de la FNB. Très souvent, on ne sait pas, par exemple, s'il s'agit de données mondiales ou nationales. Il y a aussi des mélanges entre espèces animales."
Question de comptage
Pour le spécialiste, il ne s'agit en aucun cas de nier le fait que l'élevage contribue à l'émission de Gaz à effet de serre (GES). C'est un fait, et cela restera vrai tant que les ruminants continueront de ruminer (autant dire…). Mais cette contribution doit être chiffrée à sa juste valeur, et non pas surestimée. Et c'est bien là que le bât blesse, les chiffres communiqués au grand public étant parfois surgonflés. "En France, la contribution de l'agriculture aux émissions de GES est estimée à 19 %. Il est donc faux de dire que l'agriculture contribue autant aux GES que les transports (26 %)", rétablit Christian Veillaux. À noter que la durée de vie du gaz émis n'est pas prise en compte. Or, celle du méthane, majoritairement émis par les bovins, est en moyenne de 12 ans, et celle du gaz carbonique, de 100 ans. Autre donnée : "le cycle du carbone comprend en fait deux cycles imbriqués : un cycle court, naturel (< 100 ans) et un cycle long (> 100 ans), explique Christian Veillaux. Or, à 86 %, les activités agricoles s'inscrivent dans le premier cycle, naturel, du carbone. Et cela n'est pas pris en compte."
La prairie en rattrapage
Enfin, les détracteurs de la viande omettent, dans leurs plaidoyers, de mentionner que l'élevage de vaches allaitantes est indissociable de l'utilisation de prairies. Or ces prairies stockent elles-mêmes du carbone. Il existe donc une compensation, par stockage, du carbone émis. Ce stockage représente, selon les systèmes, de 5 à 50 % des émissions. D'où le souhait de la filière de voir pris en compte les impacts "nets" des différentes activités.
Pour voir s'atténuer les critiques auxquelles elle fait face, la filière a aussi plus que jamais intérêt à communiquer, à son tour, sur l'intérêt des prairies, ces "puits de carbone", et sur leur biodiversité. "Trop souvent, l'élevage de viande est associé, dans l'esprit des gens, aux feedlots américains", commente Christian Veillaux. Et de rapporter les propos de Bernard Malabirade : "pour rétablir la vérité, chacun a un rôle à jouer. La filière a une réponse collective à apporter. Mais l'éleveur, lui aussi, a son rôle à jouer à son niveau, en communiquant autour de lui."
Anne-Laure Lussou
Association : effectif stable
L'association Salers de l'Ouest poursuit son bout de chemin, forte de son effectif en légère hausse (+ 2) de 73 adhérents. Un autre score réjouit ses responsables : le nombre d'animaux de race Salers a progressé, de 25 %, sur les cinq dernières années dans le Grand Ouest, signe d'un bon dynamisme. Au rang des actualités : le lancement du site internet de l'Association (voir page 2) ainsi que l'organisation de portes ouvertes, à venir, dans le Grand Ouest.
Légende photo : En France, les gaz à effet de serre proviennent en premier lieu des transports (26 %), avant le bâtiment (19 %) et l'agriculture (19 %).