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Sommaire | " GESTION DE L'EXPLOITATION " | Article n°10484 |
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Icoopa / Roger Le Guen, sociologue - "Réinventer le métier d'agriculteur"
 

Une agriculture en crise, un modèle agricole qui ne colle plus à la réalité… La succession est ouverte", déclare Roger Le Guen, sociologue à l'ESA d'Angers. Mais, où sont les successeurs ? "Aujourd'hui, il n'y a pas de mouvements pour organiser la transformation du monde agricole". Le sociologue parle plutôt de remise en cause que de rupture radicale. "Il faut réinventer le métier d'agriculteur, en travaillant avec l'expérience accumulée".


Le paradoxe de l'environnement


Certes, l'agriculture est de moins en moins visible en termes d'emploi : seulement 4 % de la population active et 3 % de la richesse nationale. Trois conceptions du territoire s'affrontent. Pour certains, la campagne doit elle être ressource économique, pour d'autres cadre de vie ou "campagne nature". "Les agriculteurs bénéficient d'un capital confiance dans la société. Mais ils sont critiqués en termes d'environnement, alors que, paradoxalement, les choses s'améliorent".
Au sein du monde agricole, les métiers sont segmentés et hétérogènes et les producteurs ont de plus en plus de mal à se comprendre entre eux. Vis-à-vis du monde urbain, le fossé s'agrandit, car on demande aux agriculteurs d'être compétitifs, tout en préservant et en entretenant le bien commun qu'est la nature.


Maîtriser le changement


"Alors que tout le monde parle d'urgence, il y a nécessité d'une réflexion à moyen terme pour maîtriser le sens du changement", estime R. Le Guen. Les agriculteurs ont la capacité à mettre en œuvre ces changements dans leur exploitation, mais les effets de ce changement sont souvent vécus et communiqués sur un registre négatif : stress, culpabilité….
Roger Le Guen insiste sur deux éléments de réflexion : l'organisation économique de l'agriculture et l'intervention de l'Etat. "Il faut revoir l'organisation des marchés, les interprofessions sont dépassées. La contractualisation n'est pas une organisation économique, c'est une forme de relation entre l'acheteur et le fournisseur. Il faut chercher des sources nouvelles de valeur ajoutée, par exemple dans les formes de commercialisation". Pour le sociologue, l'agriculture ne peut pas se passer de l'intervention de l'Etat. Le bon fonctionnement du couple industrie agroalimentaire-agriculture est essentiel pour s'en sortir.


Des liens sociaux


"Comment les agriculteurs font comprendre tous ces enjeux au public ?", s'interroge Roger Le Guen. "La prise de parole doit être collective. Les agriculteurs ne s'adressent pas assez aux autres. On a l'impression qu'ils subissent leur image. L'agriculture ne fabrique plus de liens sociaux".
Le sociologue développe d'autres pistes : la formation et le développement. Les agriculteurs ne se forment pas assez. "La formation continue, en groupe, est un levier important pour évoluer, un investissement à long terme. Il faut aussi donner de l'oxygène à l'agriculture en travaillant sur l'innovation avec l'aide d'universitaires ou de personnes d'autres milieux".

Patrick Bégos


 


Photo :  De gauche à droite : Serge Dérédec, directeur d'Icoopa, Jean-Luc Leroux, président et Dominique Le Dantec, trésorier. 


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Date de l'article : semaine du N° du 12 au 18 Mars 2010
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