
Dans la nutrition animale, un partenariat récent vous a permis d'entrer dans Nutréa. Que devient cette société ?
L'entrée dans Nutréa résulte d'une double réflexion. D'abord la volonté de participer à la restructuration de cette filiale d'Unicopa pour maintenir l'activité, le savoir-faire et aussi le souhait de Terrena de sauvegarder son approvisionnement en volaille avec un fournisseur fiable. Notre offre commune a été retenue. Depuis janvier 2010, Nutréa NA a repris les actifs, (usines, camions, …) et le service commercial avec 3 volets : la nutrition animale, le couvoir et l'entreprise Univol d'intégration de volailles.
Nous travaillons sur un plan de réorganisation de l'ensemble, en réfléchissant aux synergies avec les actionnaires : une centrale d'achats commune, la gestion des transports... La réflexion sur les sites et leur éventuelle spécialisation est en cours. Ce plan devrait être arrêté en mai 2010. Les deux entités (Coopagri Bretagne et Nutréa NA) seront conservées car ce sont des fonds de commerce différents. Parallèlement, les synergies en collecte de céréales nous permettront de mieux utiliser les céréales de l'Ouest pour la fabrication d'aliment. La logistique coûte plus cher que le coût de fabrication d'un aliment.
Depuis juillet 2009, Laïta a repris les outils industriels laitiers des 3 coopératives partenaires, en plus de la commercialisation. Quel premier bilan peut-on en tirer ?
De la collecte du lait à la ferme jusqu'à la commercialisation des produits, la mise en commun des outils a demandé un gros travail d'ingéniérie financière. Les outils industriels doivent maintenant tourner à pleine capacité, pour optimiser les coûts de transformation et aller chercher de la valeur ajoutée sans investissement supplémentaire. Malgré ces efforts, le contexte laitier reste très tendu. Les négociations menées avec la distribution sur la revalorisation des prix des produits laitiers sont laborieuses. Malgré ces difficultés, l'Ouest conserve des atouts indéniables pour produire un lait compétitif.
Dans le domaine des viandes, Bigard s'est rapproché de Socopa, dont vous êtes actionnaire. Quelle est votre analyse, après quelques mois de fonctionnement ?
L'entreprise est en bonne santé et le groupe est le leader incontournable en viande bovine. Beaucoup de complémentarités existent entre les deux entités avec une présence sur l'ensemble du territoire et une ambition stratégique. En viande de porc, c'est moins évident, car les opérateurs français n'ont pas la taille suffisante par rapport aux concurrents du nord de l'Europe. Le travail de restructuration effectué en viande bovine doit être réalisé en porc, pour avoir des groupes capables de se bagarrer sur le plan européen et de développer leurs marchés. Par ailleurs, la fixation du prix par le marché au cadran nécessiterait un apport plus important de porcs, de la part de chaque opérateur.
Un autre rapprochement concerne le légume industrie avec l'accord Gélagri-Bonduelle. Comment a démarré ce partenariat ?
Depuis mars 2009, les moyens de production industrielle ont été mis en commun pour apporter une meilleure réponse sur les marchés de légumes et des produits élaborés en MDD (marque distributeur). Le nouvel ensemble est détenu à 64,5 % par Coopagri Bretagne et 35,5 % par Bonduelle. L'intérêt est de sécuriser les approvisionnements par rapport aux risques climatiques et d'élargir l'offre. Malheureusement, ce secteur est actuellement en difficulté. La consommation de légumes surgelés diminue, les récoltes 2009 ont été conséquentes. Tous les opérateurs ont des stocks plus importants que prévus (15 % de sur-stock au niveau européen). Cet accord avec un partenaire spécialiste du légume a permis de mieux résister dans une conjoncture difficile. La baisse des emblavements est moins sensible pour nous que pour d'autres opérateurs bretons.
Dans l'agrofourniture, Caliance entame sa troisième année. Quel bilan tirez-vous ?
Nous sommes dans une volonté de partage de compétences et de mise en commun, pour augmenter l'efficacité de chacun. Cet accord de collecte et de commercialisation des céréales a accueilli un nouveau partenaire, Eolys, pour la moisson 2009. Grâce au réseau global de magasins, les agriculteurs ont pu bénéficier d'un lieu plus proche pour la collecte. Caliance permet une meilleure gestion du stock et de la commercialisation. L'accord Nutréa est aussi un atout pour valoriser une part plus importante de céréales bretonnes dans les usines de la région par une optimisation de la logistique.
Le projet de fusion des coopératives va-t-il modifier la donne en volailles ?
Ronsard a poursuivi sa progression avec le rachat d'un opérateur de Bresse en volailles AOC. Grâce à son savoir-faire et à son positionnement commercial, l'entreprise a réalisé un bon exercice. La fusion de CAM 56, Coopagri Bretagne et Eolys ne modifiera pas les débouchés existants. Les courants commerciaux entre les partenaires et Gastronome, Tilly-Sabco et LDC vont se poursuivre. La fusion permettra au contraire de consolider ces débouchés.
Patrick Bégos
Photo : Le partenariat avec Nutréa NA va apporter des synergies dans l'achat de matières premières, dans la gestion de la logistique, dans la spécialisation des usines de fabrication d’aliment du bétail.
Maîtriser les charges
Lors des prochaines assemblées territoriales, quels messages allez-vous transmettre aux adhérents ?
Le secteur-agrolimentaire a bien résisté en 2009. En 2010, les marchés seront au creux de la vague, compte tenu de la baisse de la consommation et de l'augmentation des stocks. La maîtrise des charges et l'amélioration de la valeur ajoutée sont nos deux axes de travail. L'augmentation des charges des agriculteurs est également un souci. Elles sont liées à l'environnement, à la mise aux normes et aux investissements en matériel. Certains sont allés au-delà de leurs possibilités. Les jeunes qui démarrent doivent avoir un projet par paliers, en raisonnant les besoins en investissements et en trésorerie. Ils n'ont pas droit à la moindre erreur.
Dans le contexte actuel, que peut apporter la coopérative ? Nous travaillons avec un projet à long terme, pour que les agriculteurs soient là, demain. Avec sa polyvalence, une coopérative peut apporter tous les services, de la graine jusqu'à la commercialisation. Nos investissements répondent à une vision à long terme et non à une rentabilité immédiate. Notre objectif est aussi de conserver les centres de décision dans la région. En privilégiant le territoire, nous sommes dans la pérennité, avec une capacité à nous restructurer, pour être capables d'affronter les marchés de demain.
Une crise bien présente
Avec retard par rapport à autres secteurs, l'agriculture paie le coût de la crise, qui est aujourd'hui devenue une crise de consommation. Confrontée à une baisse de ses ventes, la distribution presse les fournisseurs. En porcs, en lait mais aussi en légumes industrie, la crise a eu un impact sur les marchés et sur les volumes commercialisés. "L'incapacité à exporter certains produits nous a pénalisé. Les difficultés de trésorerie des agriculteurs ont également des conséquences directes sur notre fonctionnement". Dans les comptes de la coopérative, on observe une chute du chiffre d'affaires mais aussi de la marge et de l'E.B.E. "Les efforts engagés dans l'amélioration de la productivité dans la gestion des stocks ainsi que la baisse du coût de l'argent vont nous permettre de maintenir les résultats".