
Avant 2003, le fumier de poulettes était épandu sur les parcelles de l'exploitation, sur les terres des voisins ou exporté hors Bretagne", explique Philippe Le Bihan, de Glomel. Il élève des poulettes par bandes de 130 000 sur 8 700 m2 en 2 sites. Aujourd'hui, la plus grande partie des litières est encore épandue, sous forme de fumier brut dans le cadre du plan d'épandage. L'autre partie (environ 25 %) est compostée.
Deux stations Vali'd
"J'ai voulu sécuriser mon élevage en transformant le fumier en compost, pour mieux maîtriser la fertilisation des parcelles, supprimer les odeurs et commercialiser le produit". L'aspect travail est important car Philippe est seul sur l'élevage. La mise du fumier en andains et le retournement lui paraissaient contraignants. "J'ai eu l'opportunité d'acheter une station de compostage d'occasion Vali'd, en 2006, puis une seconde, également d'occasion en 2009".
La station Vali'd est composée d'un silo-couloir étanche pouvant traiter 200 m3 de fumier à chaque remplissage. Elle est équipée de 3 gaines d'aération dans le fond connectées à une turbine. L'ensemble est piloté par un ordinateur qui reçoit des informations des sondes de température placées dans le fumier. Un puisard collecte les éventuels jus, qui sont, à nouveau, réintroduits sur le tas.
Chargement par couches
"À la fin du lot de poulettes, le fumier est stocké dans l'une des stations", explique Philippe. "Je donne priorité à l'élevage et à la préparation du bâtiment pour remplir au plus vite. Un mois plus tard, quand le lot suivant est bien démarré, je reprends ce fumier pour le charger méthodiquement dans la seconde station. Je travaille par couches (en moyenne 7) à la manière d'un millefeuille, en arrosant le fumier à chaque couche". Grâce aux rampes situées sur le côté, 35 000 litres d'eau sont ainsi répandus sur les 200 m3 de fumier, car le fumier de poulettes est très sec. "La clé du système repose sur le bon dosage de l'eau et la répartition du fumier par couches", estime l'éleveur
L'ordinateur gère ensuite l'aération du tas en insufflant de l'air, par les tuyaux situés au fond, en fonction de la température mesurée par les sondes. "Cette aération forcée, durant 60 jours, accélère le processus de fermentation, avec une température variant entre 55°C et 75°C". Les températures sont mesurées automatiquement toutes les 8 heures, pour déterminer les besoins d'insufflation d'air. Le produit est ensuite passé dans un épandeur (pour poursuivre les fermentations) puis stocké durant 60 jours sous hangar, avant utilisation.
Un produit normalisé
On obtient un produit normalisé avec un taux de matière sèche de plus de 60 %, une composition NPK de 20-20-20, du calcium et de la magnésie. Plus de 100 t de compost sont obtenus chaque année, dont 75 % est commercialisé dans l'Est par une société de Châlon-sur-Marne, le reste est épandu sur les terres personnelles ou vendu en direct..
"J'épands du compost sur les terres à céréales, avant semis et en bonnes conditions de portance". Ce compost est enfoui par labour. "Les rendements ont progressé de 10 à 15 %", déclare Philippe. "Le compostage est pour moi une sécurité en cas d'arrêt des prêts de terre pour épandage. La capacité des 2 stations me permettrait de composter des quantités plus importantes de fumier". L'achat des stations d'occasion a sensiblement réduit l'investissement qui n'aurait pas été possible en neuf. D'autres solutions permettent aujourd'hui d'utiliser une simple plateforme, munie des tuyaux et sondes reliés à l'ordinateur au lieu du silo-couloir.
Patrick Bégos
Photo : Dans les deux stations de compostage, le fumier est étalé par couches avec un arrosage d'eau entre chaque couche.
Du compost en sacs
Philippe Le Bihan met aussi une dizaine de tonnes de compost en sacs pour la vente aux particuliers. "J'ai fabriqué une machine très sommaire pour mettre le compost en sacs de 10 kg, que je vends à l'élevage, le samedi matin (printemps et automne). C'est une ouverture sur le monde urbain qui me permet d'expliquer mon élevage et l'intérêt du compost".