
Est-on en crise ou est-on revenu à une période plus normale après les « Trente glorieuses ? ». Jacques Guillou n’a pas la prétention d’avoir la réponse. Le niveau actuel du prix du lait le conduit à s’interroger. Et si le président de la section laitière de Coopagri Bretagne considère que « la barre de 300 euros/1 000 litres est un seuil psychologique autour duquel il faudrait tourner », il rappelle aussi que « les produits commercialisés par Laïta ne peuvent pas être déconnectés du marché. Un marché orienté à 40 % vers l’export » ; ce qui signifie que 4 litres sur 10 se frottent au prix du lait produit dans les pays voisins.
Efficacité du travail
Ces chiffres cités, « le repli sur soi » apparaît comme une fausse bonne solution pour J. Guillou qui n’excuse pas pour autant l’absence d’harmonisation sociale et fiscale européenne. « Il y a là une source de distorsions. Sans parler des producteurs de lait Allemands qui gagneraient leur vie avec la méthanisation. Certains observateurs estiment que, par ce biais, ils bénéficient d’un avantage concurrentiel de 20 à 30 euros/1 000 litres ».
Pour autant inutile de rester dire : c’est la faute aux autres. « Les modèles sont toujours à réinventer », poursuit J. Guillou. « Il faudra encore gagner en efficacité économique ». Une efficacité qui passe certes par une meilleure maîtrise des charges (alimentation du troupeau, mécanisation, etc.), mais aussi par une meilleure « efficacité du travail ».
« À la mise en place des quotas, la moyenne de production était inférieure à 100 000 litres par exploitation ; aujourd’hui, elle est de 350 000 litres. Avec une main-d’œuvre qui a plutôt évolué dans le sens inverse », resitue-t-il, en faisant valoir qu’il y a probablement encore de la marge. « Entre autres en combinant avec une certaine externalisation des tâches ».
La révolution du laitier breton
Bref, s’il ne plaide pas pour les exploitations à un million de litres – « Je ne pense pas qu’il faille que l’exploitation bretonne soit calquée sur l’élevage danois ou néo-zélandais » –, il estime que « le laitier breton a sa révolution à faire ».
Parallèlement, l’industrie laitière opère sa révolution. Aujourd’hui, l’activité laitière de Coopagri Bretagne est « fondue » dans Laïta, un groupe qui génère 1,1 milliard d’euros pour 1,2 million de litres de lait collecté. « L’objectif de Laïta est de payer le lait au prix recommandé par l’interprofession. À ce niveau, les marques fortes sont un atout ». Avec cet objectif que, dans un futur proche, cette nouvelle entité passe « d’un équilibre moins » à des résultats positifs qui profiteront aux adhérents. « C’est là tout l’intérêt de la coopération ».
Didier Le Du
Photo : Jacques Guillou, président de la section laitière de Coopagri.
Contrat nouvel installé
Le renouvellement des générations sera un des défis de la filière laitière. À l’image de ce qu’a réalisé Coopagri Bretagne en production porcine, la section laitière vient de lancer, depuis le 1er janvier 2010, « un contrat nouvel installé » qui assure « une sécurité de prix payé au producteur dans un marché de moins en moins régulier ». Et J. Guillou d’ajouter : « Il y a sans doute des financements à réinventer pour permettre à de bons jeunes éleveurs sans le sou de s’installer ».