
L'Europe représente la source de tous les problèmes pour certains. Pour d'autres, elle est une lueur d'espoir", a noté Benoît Champalaune, président des Jeunes Agriculteurs, en préambule au débat organisé lors de l'assemblée générale du syndicat, vendredi 26 février à Rennes. Les JA avaient en effet décidé de s'attarder sur le fonctionnement de l'Europe, ses lacunes, et de préciser le rôle à jouer par le syndicalisme sur ce large territoire. Un thème qui a largement intéressé les adhérents.
Des désaccords sur la régulation
Jean-Michel Schaeffer, administrateur de JA national, a évoqué les difficultés liées aux objectifs de plus en plus divergents des Etats-membres. "Les Pays de l'Est sont toujours en phase de restructuration de leur agriculture. Dans l'Europe à 27 membres, on trouve aussi bien des fermes de 1 ha que des structures de plus de 5 000 ha. Concernant l'installation, certains pays adoptent plutôt une politique favorable. Dans des pays tels que le Royaume-Uni, le renouvellement est catastrophique".
Difficile alors pour le Conseil européen des JA et pour les agriculteurs en général de s'accorder sur une synthèse agricole. "Nous sommes tous d'accord pour maintenir le budget, mais pas sur la régulation laitière par exemple". Certains pays, dont la France fait partie, demandent une maîtrise des volumes pour tenir les prix. D'autres pays comme l'Allemagne, le Danemark, l'Italie et la Pologne veulent pouvoir produire ce qu'ils veulent, quitte à subir une baisse des prix.
"Plutôt que la défense d'un projet commun, chaque pays a sa propre logique. Les Etats-membres se concurrencent les uns les autres", ajoute le député européen Stéphane Le Foll. Face à une Europe tentée de laisser tomber l'agriculture, "nous devons défendre l'idée que l'alimentation est un enjeu fort pour demain, un défi géostratégique. La Russie s'oriente vers une autosuffisance, la Chine achète des terres dans différents endroits de la planète…", montre le député. De son côté, Christophe Hamon de Breiz Europe souligne l'importance pour les Français d'être présents à Bruxelles pour représenter leurs filières. Par ailleurs, "les producteurs français doivent se mettre d'accord", demande-t-il.
Un autre enjeu européen se loge dans les distorsions de concurrence entre Etats. "Dans l'application des règlements européens, la France rajoute souvent des contraintes, par exemple en agriculture biologique", soulignent les jeunes. En matière d'environnement, plusieurs pays obtiennent des dérogations quant à la charge d'azote à l'ha dans le cadre de la directive nitrates. Des différences existent aussi sur la réglementation phytosanitaire. "N'oublions pas qu'aujourd'hui, c'est l'économie qui prime. En face de nous, les marchés sont plus ouverts et concurrentiels. La plupart du temps, les cahiers des charges plus exigeants deviennent des handicaps", note Gilles Guillomon, responsable du dossier économie à la Crab (Chambre régionale d'agriculture de Bretagne).
L'Europe à deux vitesses
Au niveau social aussi, des distorsions importantes persistent. Certains pays tirent même profit de cette Europe à deux vitesses. "L'Allemagne emploie sur les chaînes d'abattage de la main-d'œuvre de l'Est payée avec les salaires de leur pays d'origine", illustrent les JA. "Des discussions politiques doivent avoir lieu sur ce thème de l'harmonisation sociale et fiscale. Nous devons trouver des pays alliés", déclare Stéphane Le Foll.
Concernant les aides de la Pac, alors que le découplage et le transfert vers le second pilier semblent incontournables, une orientation vers des assurances revenus pourrait être pertinente, selon Gilles Guillomon. "Et elle pourrait entrer dans le cadre de l'OMC".
Si les JA reconnaissent avoir peu de prise sur les réglementations européennes et les distorsions de concurrence, ils entendent toutefois continuer à agir. En s'appuyant sur le réseau, ils vont continuer à mener un travail de prospective. "A nous agriculteurs de donner la ligne, en prenant le temps de s'entendre", conclut Benoît Champalaune.
Agnès Cussonneau
photo : De gauche à droite : Gilles Guillomon, Jean-Michel Schaeffer, Benoît Champalaune, Christophe Hamon et Stéphane Le Foll.
En bref
- Sur le dossier laitier, les JA regrettent qu'après les grands bouleversements de 2009, le bout du tunnel ne soit pas encore visible. Ils souhaitent communiquer sur "l'importance de la mise en place d'organisations de producteurs, de la contractualisation, et restent attentifs à l'avancement de la LMA".
- En viande bovine, alors que les producteurs vont perdre en moyenne 9% de leurs aides, les JA développent plusieurs pistes de travail. En engraissement, est proposé un calcul de suivi de marge, prenant en compte les coûts de production, des matières premières… En réformes, une autre piste serait de regrouper l'offre pour peser davantage.