
Depuis décembre 2009, la Coordination Rurale du Finistère est officiellement reconnue syndicat représentatif par les pouvoirs publics. Ce qui lui vaut entre autres, une place au sein de la CDOA. Une « victoire » que salue son président, Bruno Demeuré, qui, sans s’attarder sur le rapport de force syndical, ne manque pas de rappeler une situation dramatique : « Le revenu moyen des producteurs de lait est de 6 000 euros cette année ». Et de lancer : « Il faut arrêter de faire croire que les autres acteurs de la filière vont être gentils avec nous ».
Opposition de deux modèles
Pas de long discours donc pour mettre les participants dans le bain de la tempête laitière qui lamine les producteurs depuis de longs mois. Pour autant, chacun y va de sa solution pour sortir de ce marasme. D’un côté, Gilbert Keromnès, président de Coop de France Ouest, qui parle de « nouvel état économique », plaide pour une forme de contractualisation « pour essayer de protéger les prix ». D’un autre, Laurent Bertho, vice-président de l’OPL, dénonce toute « gestion privée menacée par un ou deux francs-tireurs qui ne manqueront pas de perturber le système comme c’est le cas en dinde depuis 15 ans ».
Pour Gilbert Keromnès, la perspective de la fin des quotas pour 2015 oblige de toute façon la coopération à trouver un autre système de régulation dans un marché plus ou moins saturé. « Un devoir pour les coopératives du fait de l’engagement coopératif entre les coops et leurs adhérents », résume-t-il, avant de regretter que le document de travail sur la contractualisation soit tombé dans le domaine public. Et qu’il ait été passé au pilon populaire alors qu’il n’a jamais été question de l’appliquer en 2010. « Il fallait d’abord qu’il soit validé par l’interprofession ».
Pour la Coordination Rurale, ce torpillage du projet apparaît en revanche comme une bonne nouvelle. « À partir du moment où l’on contractualise, on laisse le choix aux entreprises de mettre le curseur prix où elles veulent », n’en démord pas Laurent Bertho. Il est rejoint en cela par Jean-Michel Favennec, vice-président de la CR 29, qui estime qu’avec l’éventuelle reprise de SLC par Sodiaal le poids de la coopération sera « excessif puisque 70 % du lait sera dans la coopération ».
Assurer un revenu aux producteurs
Bref, c’est un peu un langage de sourds, mais courtois, qui a dominé les débats de vendredi dernier, à Pont-de-Buis-lès-Quimerc’h. À savoir, d’un côté une coopération qui réfléchit à un système de double quota et double prix ; d’un autre, un syndicat ne jurant que par une gestion européenne au travers de l’EMB. « A quoi bon mettre en place un quota français alors que le commerce du lait est européen », s’élève J.-M. Favennec. « Quelle gestion européenne sachant que les quotas actuels ne sont pas appliqués à l’identique dans les différents états membres ? », interroge pour sa part G.Keromnès.
Une chose fait cependant l’unanimité : « Il faudra bien trouver un système pour mettre en phase un prix du lait à 250 € et un revenu décent pour les producteurs ». Sans pour autant mettre à mal l’industrie laitière bretonne qui, dans un marché laitier européen voire mondial, ne pourra pas supporter longtemps un tel différentiel de prix avec ses concurrents directs.
Didier Le Du
Photo : De gauche à droite : Gilbert Keromnès, président de Coop de France Ouest ; Laurent Bertho, vice-président de l’OPL ; Jean-Michel Favennec, vice-président de la CR 29.