
On fera le bilan dans 10 ans ». C’est ce que répond Pascal Ollivier quand on l’interroge sur ses choix génétiques. Pour autant, le chemin de cet éleveur semble tout tracé. « Je suis 100 % génétique canadienne depuis 2007 », explique cet éleveur qui insémine lui-même son troupeau de 75 vaches et la suite. « Et contrairement à une idée reçue, l’achat de doses n’est pas plus coûteux. Je suis à 5 euros/1 000 litres de charges de reproduction pour 9 euros/1 000 litres pour la moyenne CER ».
Des vaches faites pour durer
À l’origine de ce choix : un éleveur qui aime les vaches bien sculptées. Un objectif pas forcément comptable mais qui participe à la motivation nécessaire pour mener un troupeau au quotidien. « Encore plus en ces temps de crise laitière ».
Pour autant, là n’est pas l’argument principal de ce choix génétique. Au Gaec des Lys, la vache de type canadien est décrite comme une vache fonctionnelle qui fait du lait sans souci. « La morphologie des mamelles confère une facilité de traite ; la solidité des membres en fait une vache qui marche bien, qui va facilement au cornadis ».
Alors, à force de lister les avantages, on est tenté de lui chercher des défauts à cette vache. Une bonne laitière, la Canadienne ? Pascal Ollivier regarde l’auge : « C’est là que ça se passe. Le troupeau est à 9700 kg de lait ».
Plus que sur la performance, l’éleveur préfère mettre l’accent sur la courbe de lactation : « Avant, les vaches montaient trop haut en début de lactation. Avec son corollaire que sont les problèmes métaboliques, les mammites, les problèmes de fertilité, etc. Personnellement, je préfère des vaches qui montent moins haut, qui perdent moins d’état, qui affichent une meilleure persistance ». Ce qui contribue aussi à faire durer la vache. « Cinq, six, sept veaux, c’est bien ; 10, c’est encore mieux », résume P. Ollivier, précisant que cette longévité est le résultat d’une combinaison de facteurs morphologiques et de conduite. Tout comme la capacité à reproduire. « Le taux de réussite est de 65 % en 1e IA ».
La génétique : une diversification
Cet éleveur qui se fie d’abord à son sens animalier pour sélectionner ses bovins – « Une bonne laitière a les os fin, l’encolure fine » – recherche « des vaches éclatées et montantes ». Et d’indiquer qu’il regarde modérément les index. « Je suis cependant attentif aux index cellules, reproduction. Sans oublier les caractères laitiers qui, chez Semex, vont de 0 à 20 étoiles ; pour que je retienne un taureau, il lui en faut au moins 10 en règle générale ».
Cette ligne de sélection s’inscrit également dans la volonté de produire des animaux pour le marché des bonnes vaches. « Ce marché existe », note l’éleveur, en soulignant que la vente de génétique constitue une voie de diversification d’autant plus appréciée que le prix du lait est bas.
« Nous avons vendu une femelle qui a fait réserve championne en Allemagne », cite Pascal faisant aussi remarquer que le gabarit des vaches « avec des bassins relativement longs et larges » autorise le passage de veaux plus lourds. « Ce qui permet une valorisation supérieure de 10 à 20 euros pour les mâles ». Toutes les plus-values sont les bienvenues…
Didier Le Du
Photo : Pascal Ollivier, en Gaec avec sa mère, a présenté son troupeau lors d’une journée technique organisée par Semex.
Conduite en 2 lots
Le troupeau de 75 vaches est conduit en 2 lots. L’ensemble des animaux reçoit une ration mélangée équilibrée à 30 kg. Le lot haut a, en plus, accès au Dac (maxi de la complémentation : 50 kg de lait).
Les vaches quittent le lot « haut » lorsqu’elles sont confirmées pleines. «L’insémination a lieu à partir de 60 jours ».