
Trois heures de travail d’astreinte par jour pour 100 vaches. C’est le temps de travail « tout compris » (1) évalué par Didier Cléac’h, Philippe et Danielle Francès, les trois associés d’une société civile laitière (SCL) au Juch. « Avant l’installation des deux robots, il fallait compter 10 heures rien que pour la traite avec une épi 2 X 7 et deux trayeurs », calculent les éleveurs.
La vache s’autogère
Lors du regroupement des deux élevages qui aboutit à la constitution d’un quota de 934 000 litres, une seule idée a guidé les éleveurs : faire simple et efficace. « Nous étions en libre-service, nous sommes restés », indiquent les éleveurs dont les silos de 12 m de large assurent 9 mois de stockage. « Avec ce système, pas de désileuse, pas d’investissement dans les cornadis, etc. La seule opération consiste à abattre le front d’attaque, une fois par jour, avec le godet du tracteur ».
L’installation des deux robots de traite (marque DeLaval) s’est inscrite dans cette même optique de simplicité. « Nous voulions un système où la vache s’autogère, sans jeu de barrières dites intelligentes. Que la vache vienne elle-même se traire, sans être contrainte par un passage obligé pour aller boire ou se coucher », note Philippe Francès, en précisant toutefois que les robots sont placés sur le parcours naturel qui mène les vaches des logettes au libre-service maïs.
Les données informatiques collectées par les automates montrent que les vaches fréquentent bien les robots mis en service en juin 2009. Le 23 février dernier le nombre moyen de traites/VL/24 heures était de 3,14 (5 traites maxi pour les grosses laitières). En moyenne, les vaches se présentent 5,6 fois devant les portes du robot par cycle de 24 heures, soit près de 2,5 refus de traite enregistrés par animal. « Le délai entre deux traites ne peut être inférieur à 5 heures au risque d’augmenter la lipolyse et d’altérer les trayons qui deviendraient sensibles aux infections ».
45 €/1 000 litres
Reste que cette autogestion des animaux est intimement liée à la distribution de concentré nécessaire pour appâter les vaches. A cette époque de l’année, la consommation moyenne de concentré tourne autour de 6 kg pour une production moyenne de 30 kg de lait (plafond fixé à 8 kg de concentré par VL).
« Selon nos projections, le coût alimentaire ne va pas changer avec la traite robotisée », explique Didier Cléac’h. « Le parcellaire accessible reste limité à 12 ares par vache en raison de la quatre voie Quimper-Douarnenez . Il correspond plus à un parcours, même si un pâturage est toujours possible ».
Plus largement, la SCL table sur un coût « robotisation » de 45 €/1 000 litres dont 8 €/1 000 litres pour l’entretien. « L’investissement total est de 300 000 €, sachant qu’au niveau bâtiment, l’aménagement s’est fait en autoconstruction pour accueillir l’ensemble du troupeau ».
Dans l’autre plateau de la balance, les éleveurs comptent sur l’optimisation de la production individuelle des vaches (plus de lait avec 3 traites). Ils comptent aussi améliorer la longévité des animaux. « En diminuant l’intervalle entre traites, la pression diminue dans la mamelle : il y aura moins de décrochages. On le voit déjà avec les primipares : les mamelles restent collées au corps », constate Philipe Francès. Et d’ajouter : « Aujourd’hui, les écarts avant et arrière sont des critères éliminatoires lors du choix des taureaux ».
Didier Le Du
(1) Répartition du temps de travail/jour : veaux (paillage et buvée) : 30 mn ; nettoyage robot : 15 mn ; opérations sur ordinateur : 15 mn ; surveillance VL : 20 mn ; nettoyage logettes : 40 mn ; passage des animaux en retard de traite : 15 mn ; raclage aire bétonnée : 30 mn ; alimentation des VL (1 round + front d’attaque : 15 mn.
Photo : De gauche à droite : Didier Créac’h, Xavier Stéphan (concessionnaire Bretagne Sud-Élevage anciennement Goëffic, à Châteauneuf-du-Faou), Philippe et Danielle Francès.
Qualité du lait préservée
On reproche parfois – souvent – au robot d’être responsable d’une augmentation de leucocytes. « Nous tournons en moyenne à 200 000 cellules. Nous avons eu un point de pénalités en 7 mois », annoncent les éleveurs avant de préciser que les deux plus forts comptages sont donnés aux veaux.
Dans la pratique, les éleveurs utilisent tous les signes d’alerte fournis par les robots. « Nous regardons le MDI, un indicateur synthétique calculé par l’ordinateur qui tient compte de la conductivité du lait, des chutes de production, des traites incomplètes, de la présence de sang (colorimétrie), des coups de pied, etc. Si cet indicateur est supérieur à 2, il y a comptage automatique des cellules », détaillent les éleveurs qui ont alors suffisamment d’éléments pour décider ou non d’un traitement.
Compresser les dépenses d’énergie
Pour cette SCL, le choix du robot s’inscrit dans une volonté de soulager l’astreinte de traite (quand tout se passe bien, tout le travail est réalisé en 30 minutes le soir).
Les éleveurs listent les critères qui les ont conduits à choisir ce type de robot :
- Gobelet laveur et sécheur (lutte contre les butyriques), avec possibilité de choisir l’option de lavage en fonction de l’état de salissure de chaque vache.
- Acheminement séparé du lait pour les veaux (réchauffement avant distribution).
- Accessibilité de la mamelle pour traitements et soins.
- Bras hydraulique (pour la précision).
- Lavage automatique de la caméra.
Les économies d’énergie ont également guidé le choix des éleveurs. La consommation modulable de la pompe à vide permet de limiter la consommation électrique à 15 kWh/1 000 litres. « Soit une économie jusqu’à 60 % ».