
Stéphane Tréhen s’est installé en 1997 en production laitière, en Gaec avec ses parents sur la commune de Pordic. Le troupeau de 35 vaches laitières des parents pour un quota de 220 000 litres était abrité sous une stabulation avec aire paillée. « Du classique pour l’époque », note l’éleveur. Son installation fait passer le quota à 280 000 litres de lait. L’exploitation continue d’évoluer au fil des années pour atteindre désormais un quota de 395 000 litres. Ses parents ont pris leur retraite. Le Gaec a été transformé en EARL de Saint-Halory avec l’arrivée en 2008 d’Emmanuelle.
L’augmentation de la production laitière sans évolution du bâtiment a conduit à des problèmes sanitaires. « Dans le bâtiment, on est passé de 8 m2 par vache à 5 m2 par vache », souligne Hervé Le Moine, technicien du service mammites à la Fédération des groupements de défense sanitaire. Conséquence de cet accroissement de cheptel dans le même bâtiment - alors que la situation sanitaire restait saine l’été, lorsque les vaches étaient dehors - dès la rentrée à l’étable, le niveau des cellules flambaient. « En fait, la concentration d’animaux, conduisait à une augmentation rapide de la
température de la litière (37-38°C), propice au développement de germes », explique Félix Mahé, technicien du GDS. « On ne retrouvait d’ailleurs quasi exclusivement que des mammites à streptocoques, dites d’environnement ».
12 à 14 mammites par mois
« Les vérifications effectuées, sur les équipements et les conditions de traite, la propreté des vaches …, ont mis rapidement en évidence que c’était le bâtiment qui était en cause », note Hervé Le Moine. Pour l’éleveur, la situation est vite devenu intenable. « Jusqu’à 12 à 14 mammites par mois sur la durée de l’hiver ». Dur financièrement, car il fallait traiter, jeter du lait, réformer, utiliser des asséchants de litière.… « Le niveau de production avait baissé de 600 litres par vache ». Sans oublier le travail supplémentaire qu’entraînait la situation. « J'étais arrivé à vider la stabulation tous les 10 jours ». Dur aussi moralement. « Quand on allait à la traite, on se demandait ce que l‘on allait trouver ». Surtout que malgré les efforts, la situation ne s’améliorait pas vraiment.
Au-delà du constat, il fallait trouver une solution. La plus simple et la plus évidente aurait été d’utiliser un bâtiment de stockage de fourrages pour accueillir la nouvelle stabulation. « La plus simple, mais sûrement pas la moins coûteuse, puisqu’il fallait aussi déplacer le bloc traite et la laiterie ». Une estimation avait évalué le coût à 100 000 euros. « Avec la conjoncture que nous avons connue en 2009, la situation financière se serait tendue ».
Supportable économiquement
La solution est en fait venue de la discussion avec le technicien du GDS, et après quelques visites d’élevages. Le choix s’est porté sur un aménagement de l’existant avec transformation de l’aire paillée en logettes. Ainsi avec le technicien de la laiterie un projet a été élaboré : 48 places en logettes transversales (4 blocs de 2 x 6) avec un couloir de récupération et d'évacuation du fumier vers la fumière, ont été aménagées. Les logettes font 1,30 m de large, 4 % de pente avec barre au garrot, elles sont paillées à la pailleuse tous les jours et raclage quotidien en utilisant un mini-chargeur. La table d’alimentation a été maintenue à l’identique.
La satisfaction des éleveurs est totale et ils ont retrouvé un peu de sérénité, malgré la conjoncture. « Les conditions de travail sont optimales. On circule facilement avec le mini-chargeur pour le raclage, le paillage se fait directement du couloir à la pailleuse… ». Soulignant aussi que la solution retenue a permis de préserver un fumier pailleux et épais et donc de conserver la fumière existante.
Mais surtout la situation sanitaire s’est considérablement améliorée. « Nous avons deux hivers de recul. Les résultats nous montrent que la solution choisie a été la bonne ». D’autant plus satisfaits, qu’économiquement elle ne s’est pas avérée trop coûteuse, environ 15 000 euros (maçonnerie et tubulaire, brise-vent). La pailleuse et le mini chargeur achetés d’occasion sont aussi utilisés pour d’autres tâches. Il fait aussi la liste des économies : produits pour traitement des vaches infectées, des produits de trempage désormais utilisés moins coûteux, pas d’asséchant, moins de réformes, valorisation des génisses.
Pierre Dénès
Photo : L’éleveur est satisfait d’avoir pu résoudre le problème en limitant l’investissement et en conservant l’existant.