
Dans un contexte agricole en pleine mutation, Cam 56, Coopagri Bretagne et Eolys annoncent le projet de fusion de leurs activités. "Ce n'est pas un projet qui tombe du ciel", explique Jean Bernard Solliec, directeur général de Coopagri Bretagne. "Nous avons déjà un partenariat fort avec Cam 56 dans le cadre de Caliance (agro-fourniture et collecte des céréales) et une coopération plus récente avec Eolys dans Nutréa (nutrition animale) et la collecte de céréales depuis 2009".
Passer à l'action
"Naturellement, nous avons réfléchi à ce que nous pourrions faire dans d'autres métiers avec d'abord l'idée d'un rapprochement partiel, métier par métier", ajoute Patrice Leloup, directeur général d'Eolys. "Compte tenu de la crise, nous avons accéléré pour aboutir à ce projet de fusion". Les 3 coopératives ont les mêmes valeurs et une vision partagée de l'agriculture bretonne. "Très vite, nous sommes passés à l'action avec la volonté de nous battre aux côtés des agriculteurs plutôt que dans nos propres chapelles".
Le projet est à la fois ambitieux et enthousiasmant. Il s'agit de recréer une nouvelle coopérative, chacun laissant de côté, son identité propre. Ce projet est à construire et demandera de l'énergie, de la persuasion pour expliquer les choix. "Il réussira si les trois
coopératives arrivent à créer cette nouvelle entité, en gardant la proximité avec les adhérents et en maintenant la rentabilité", souligne Dominique Ciccone, directeur adjoint de Coopagri Bretagne. "Il faut réinventer une culture d'entreprise". Le projet a reçu un accueil favorable des conseils d’administrations. Les premières impressions des comités d’entreprise sont également favorables.
Simplifier et optimiser
"Les atouts de cette nouvelle coopérative sont évidents : simplifier l'organisation par métiers, optimiser les coûts, valoriser les compétences de chacun et développer de nouvelles synergies", estime Philippe Michard, directeur général de Cam 56. Sauf le lait collecté par Entremont Alliance, toutes les activités de Cam 56, de Coopagri Bretagne et d’Eolys rejoindront la nouvelle
coopérative qui regroupera les actifs commerciaux, industriels ainsi que les titres des filiales.
"La bonne maîtrise de l'amont et les partenariats solides en aval permettront de développer les débouchés et d'améliorer les résultats des agriculteurs, notamment par l'innovation", précise Yannick Perquis, président d'Eolys.
Maintenir la proximité
La taille plus importante est-elle un frein au maintien d'un lien fort avec l'adhérent ? La proximité est l'une des valeurs affichées du groupe, avec un fort ancrage territorial (300 sites - magasins et implantations industrielles) et une implication des administrateurs, des membres de commissions ou de sections spécialisées. "La dimension nationale de la nouvelle
coopérative n'a de sens que si la proximité des adhérents est maintenue au niveau local", déclare Dominique Ciccone.
Après analyse des parts de marché, les responsables de la coopérative mettront en place un plan d'actions. Certains emplois vont sans doute évoluer, d'autres seront créés. Ce plan sera bâti avec l'ensemble des équipes et les représentants du personnel en prenant en compte les cessations d'activité et en utilisant tous les outils notamment la formation.
Dans les quatre mois qui viennent, le calendrier sera serré. En ce qui concerne
Coopagri Bretagne, après une première série d'assemblées territoriales (résultats de 2009), une seconde série d'assemblées aura lieu en mai. Les assemblées générales extraordinaires de chaque coopérative se dérouleront le 11 juin. Et le démarrage d'activité est prévu au début du second semestre 2010.
Patrick Bégos
Photo : De gauche à droite assis : Bernard Bousso, président Cam 56, Denis Manac'h, président Coopagri Bretagne, Gilles Bars, vice-président Eolys, Yannick Perquis, président Eolys. Debout : Philippe Michard, directeur Cam 56, Jean Bernard Solliec et Dominique Ciccone, directeur et directeur adjoint Coopagri Bretagne et Patrice Leloup, directeur d'Eolys.
Repères
Le nouveau groupe coopératif représentera
- 20 000 adhérents
- 6 000 salariés
- 2,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires dont 20 % à l'export
- 300 sites en Bretagne
Conserver les débouchés existants
En productions végétales et animales, l'objectif est de conserver les débouchés existants et les outils. La production laitière illustre cette ambition. "La reprise d'Entremont Alliance par le groupe Sodiaal doit aller au bout. C'est notre responsabilité collective de trouver une solution viable et rentable pour ce dossier qui avance bien. Il n'est pas question de démanteler cette entreprise ou de transférer une partie de la production. Ce serait la pire des solutions". En porc, volaille et légumes industriels, le but est le même : trouver une solution par métier pour satisfaire au mieux l'adhérent et le client industriel. "Il n'y aura pas de solution globale, ni de modèle unique. Chaque groupe est riche d'une expérience qui a permis de décrocher des débouchés propres, qu'il faudra exploiter collectivement et développer". Il en est de même dans la distribution verte où les deux réseaux Gamm Vert et Point Vert seront conservés, car ils sont complémentaires. En milieu rural, le pragmatisme conduira, au cas par cas, à faire des choix, dans le maintien des magasins, pour avoir un seul pôle bien équipé et rentable plutôt que deux.
Bernard Bousso
Cam 56
"Se regrouper pour être plus fort"
Le moment est bien adapté à la fusion de nos activités. Il vaut mieux le faire maintenant plutôt que d'attendre et d'être, plus tard, contraint et forcé de s'adapter aux attentes des agriculteurs et de la société. Les élus des conseils d'administration ont répondu favorablement à la fusion avec un réel degré de maturité. Ce projet doit coller au terrain et être en phase avec les adhérents. Le premier service à leur rendre, c'est de conserver les débouchés actuels pour qu'ils soient pérennes et solvables et ensuite de les développer. Se regrouper permettra d'être plus fort, de défendre une identité commune et un territoire avec ses produits.
Denis Manac'h
Coopagri Bretagne
"Recréer de l'espoir"
Dans une conjoncture difficile, les agriculteurs ont besoin de signes forts. Ils doivent optimiser leurs coûts de production. Face à la crise, les élus des coopératives ont pris leur responsabilité avec ce projet de fusion. Ils se sont appropriés le projet qui répond bien aux attentes des adhérents. Notre objectif est de recréer de l'espoir chez les agriculteurs et d'améliorer la valeur ajoutée globale de leurs produits, soumis de plus en plus fortement aux marchés européens et mondiaux avec des fluctuations de cours. Le projet est ambitieux, il est à construire. Nous profiterons de la richesse des expériences accumulées dans chaque coopérative pour avancer. Sur le terrain, ce projet doit faire renaître une complicité entre les adhérents et les salariés.
Gilles Bars
Eolys
"Ecouter, entendre et réagir"
Dans chaque réunion, les adhérents nous interpellent sur les camions des coopératives qui se croisent, sur les sites en doublons… On se doit d'écouter, d'entendre et de réagir pour répondre à ces attentes. Ce serait une erreur de ne pas écouter et de se dire qu'on a le temps pour avancer vers un rapprochement. La fusion des trois coopératives permet d'atteindre une taille importante pour optimiser les coûts. Elle nous encourage à être efficace et pragmatique dans tous les métiers où nous sommes face à un marché difficile. La baisse du nombre d'agriculteurs, la concentration des fournisseurs et des clients, la dégradation des marchés incitent à améliorer notre compétitivité.