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Poulet / Directive européenne sur le bien-être - Des conséquences économiques lourdes sur la filière
 

La directive européenne sur le bien-être concernera, au 1er juillet 2010, 3 500 élevages français produisant 1,1 million de tonnes de poulet (750 000 t de carcasse) dans un parc de 5,2 millions de m2. L'Itavi a réalisé une approche économique des conséquences de cette directive, en collaboration avec les représentants des organisations professionnelles et interprofessionnelles, des Chambres d'Agriculture et des Centres de gestion.


Que prévoit la directive ?


Cette directive prévoit une densité maximale de 33 kg/m² dans les bâtiments d’élevage (densité qui concerne actuellement moins de 10 % des élevages de poulets) avec une possibilité de dérogation jusqu’à 39 kg/m², un seuil en deçà duquel seuls 40 % des élevages se situent actuellement. Inversement, près de 60 % des élevages de poulets dépassent un chargement de 39 kg, avec un niveau moyen de 41,5 kg dont 40 % entre 39 et 42 kg et 20 % plus de 42 kg (44,5 kg en moyenne).
Sous certaines conditions, notamment l’obtention pendant 7 bandes consécutives (plus d’un an) d’un taux de mortalité inférieur à un niveau fixé par la Directive (1 % + 0,06 % x âge des poulets en jours), les éleveurs ont la possibilité de bénéficier d’une densité supplémentaire de 3 kg, sans pouvoir dépasser 42 kg/m².


Difficile de dépasser 39 kg/m2


Malgré une réduction du taux de mortalité obtenue en élevage de poulets classiques depuis la fin des années 90, celui-ci reste en moyenne supérieur au niveau indiqué par la Directive. Un niveau en deçà duquel il est très difficile de demeurer pendant 7 bandes consécutives, ce qui risque de condamner tous les éleveurs à être au-dessous de 39 kg/m²/lot. Afin d’être en-deçà de ce seuil, 60 % des élevages vont donc devoir réduire leur densité en moyenne de 3 kg /m²/lot et donc le nombre de poussins mis en place, et ce avant même le 1er juillet 2010.
La quasi-totalité des charges d’élevage (hors poussin et aliment) sont indépendantes de la densité, une diminution d’un kilo de production se traduit, pour l’éleveur par une perte de revenu de 0,20 €. Pour les éleveurs qui devront diminuer leur densité en moyenne de 3 kg/m²/lot, et à raison de 6 lots par an, cela représente une perte de 3,6 €/m²/an.
Cela correspond, par exemple, à une perte de 9 000 €/an pour un élevage de 2  500 m², voire 2 fois plus pour un éleveur performant qui atteint régulièrement des niveaux supérieurs à 44 kg/m², c'est-à-dire une part importante de son revenu. Au niveau national, la perte s’élève à 11,2 millions d’euros pour le seul maillon élevage.


56 000 t de moins à produire


Au cours de la première année d’application de cette Directive, la perte de tonnage s’élèverait à 56 000 t, soit 5 % de la production totale de poulets classiques et certifiés, ou la production d’environ 200 bâtiments de 1 200 m².
La diminution de 56 000 tonnes de poulets vifs correspond à une réduction de l’ordre de 30 millions de poussins par an. Compte tenu des charges fixes, et du fait que les lots de reproducteurs sont déjà en élevage, la perte globale pour le maillon accouvage est évaluée par le SNA (Syndicat national des accouveurs) à 4 millions d’euros pour la première année.


9,7 millions de pertes pour l'abattage


Les charges fixes d'abattage seront répercutées sur de  moindres volumes et l’incidence sera proportionnelle à la baisse d’activité estimée à 5 %. Celles-ci représentent, selon la FIA (Fédération industriel de l’abattage), 9,7 millions d’euros.
Dès que la densité dépassera 33 kg/m², des contrôles devront être effectués à l’abattoir. Ceux-ci concernent a priori les pododermatites, les tarses, les ampoules au bréchet, ce qui, en incluant le traitement des données et sur la base d’un coût horaire de 15 € correspond à un coût global de 2 millions d’euros.


Hausse des importations


Globalement, cela représente pour la filière 27 millions d’euros. Ce montant correspond à 2,6 % du chiffre d’affaires de la filière (avant découpe et transformation), un pourcentage à comparer à celui du résultat des entreprises du secteur. Cela entraînera également, au minimum, la perte de 600 emplois directs, une augmentation des importations de près de 40 000 t. d’équivalent carcasse.

 Patrick Bégos
Source Itavi


Photo : La directive européenne bien–être prévoit une densité maximale de 33 kg/m2, avec une dérogation possible jusqu'à 39 kg/m2.







Remise en cause de la rénovation

La diminution de revenu des éleveurs les plus performants remet en cause la possibilité de construire des bâtiments neufs pour suppléer à la perte de production consécutive à l’application de cette Directive et remplacer les bâtiments obsolètes, voire même la possibilité de réaliser les travaux de rénovation dans les bâtiments existants, rendus pourtant nécessaires par cette Directive (ventilation, brumisation…).
Ceci aura pour effet d’entraîner au-delà de la première année, une accentuation de la perte de production bien en deçà des 5 % de la première année, ainsi que la suppression des emplois qui lui sont liés, une augmentation des importations. Ce qui correspond à une délocalisation progressive de la production française de poulets.



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Date de l'article : semaine du N° du 5 au 11 Mars 2010
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