Venu témoigner des pratiques de Carrefour et de son engagement dans les filières qualité, c'est un discours volontariste qu'Alain Basquin, son directeur des achats et du marketing pour la boucherie, a voulu tenir lors de l’assemblée de la section bovine de Coopagri Bretagne à Ploufragan (22).
18 000 éleveurs
Il est vrai que parmi les mastodontes de la Grande distribution, Carrefour fait un peu figure d'exception pour avoir engagé de longue date des partenariats avec le monde agricole. L'enseigne est ainsi actuellement "lié" à 18 000 éleveurs en France au travers d'un Engagement qualité Carrefour (EQC). Mais l'objectif est d'aller nettement plus loin. "Depuis 10 ans, les volumes s'étaient étiolés. Nous avons tout remis à plat depuis novembre et les effets ne se sont pas fait attendre", indique Alain Basquin, assurant une montée en flèche des volumes EQC écoulés. 220 hypermarchés, 1000 supermarchés et 3500 magasins de proximité sont à approvisionner. "Les supermarchés, en particulier, disposent d'un très grand potentiel, affirme Alain Basquin. Les gens reveulent du contact, de la proximité. Ils vont en moyenne deux fois par semaine dans un super, contre une fois toutes les deux semaines dans un hyper."
Changer d'attitude
La progression des volumes EQC, le patron des viandes de Carrefour, et lui-même ancien boucher, ne l'envisage qu'au travers d'un partenariat étroit avec le monde agricole. Qui doit, en somme, changer d'attitude envers la grande distribution en devenant force de propositions : "Carrefour ne tirera pas la bête toute seule. Le monde agricole doit aussi venir à notre rencontre", a-t-il invité à plusieurs reprises, au travers d'un discours bien rôdé, donnant envie d'y croire…. Néanmoins l'expérience montre que, bien souvent, les discussions entre agriculteurs et représentants de la grande distribution peinent à tourner à l'avantage des premiers. Un état de fait sur lequel Alain Basquin s'est efforcé d'apporter des contres exemples : "quand le prix du lait était à 205 euros, Carrefour payait 380 euros le lait destiné à la transformation fromagère (NDLR : fromages à très haute valeur ajoutée). Les éleveurs engagés dans cette démarche ont même monté un groupe, d'où émanent régulièrement des propositions. Il faut aller dans ce sens".
Obligation de résultats
Des idées pour le marché de la viande, Alain Basquin en a déjà. Et de citer par exemple la mise en place d'un rendement carcasse "objectif", à fixer aux éleveurs. En fonction des rendements obtenus dans l'élevage, une plus ou moins value pourrait être versée par rapport au prix de base. D'où l'intérêt, pour le monde agricole, d'anticiper la mise en place de telles normes, plutôt que de se les voir imposer de but en blanc. Autre suggestion : que les éleveurs signataires d'une charte et volontaires pour l'afficher dans leur élevage, acceptent de temps en temps d'expliquer leur façon de travailler à des clients Carrefour détenteurs d'une carte fidélité et désireux d'en savoir plus… Une nouvelle fonction à ajouter aux missions de l'éleveur, en somme. Enfin, comme il faut aussi savoir balayer devant sa porte, le responsable de Carrefour n'oubliera pas de glisser un petit mea culpa dans son intervention : "si le marché est désorganisé aujourd'hui, c'est parce que nous sommes dans un marché de cueillette. Et le monde de la distribution n'est pas organisé. On va dans tous les sens, c'est l'enfer". C'est déjà bien de le dire.
Anne-Laure Lussou
Didier Yon
Président de la section bovine de Coopagri
"La technique sera la clé"
Pas mieux lotie que la filière laitière ou la filière porcine, la filière viande. À ceci près que, pour elle, les mauvaises années se suivent. En 2009, les prix ont baissé dans toutes les catégories, notamment suite à l'afflux de femelles laitières sur le marché : - 27 centimes en vache P + O –, - 23 centimes en vaches R +, - 24 centimes en génisses U -, - 11 centimes en jeunes bovins P + O – (avec tout de même un + 3 centimes en JB U – U =). Conclusion du président de la section Didier Yon : "la technique sera la clé. De toute façon nous aurons du mal à tenir une production aux résultats aussi hétérogènes qu'actuellement, et qui correspond aussi mal aux besoins du marché". Même constat pour le responsable de Socopa viandes Jacques Châtelier, pour lequel la situation actuelle avec des JB trop âgés n'est plus tenable.