
La proposition lui est parvenue de façon inattendue. Après un moment d’hésitation, le jeune éleveur s’est laissé tenter par l’expérience : depuis novembre dernier, il porte la double casquette d’éleveur et d’enseignant.
Retour à l’élevage de porc
À l’origine, ce jeune homme de 25 ans ne se destinait pas forcément à l’agriculture. Études d’électronique, suivies d’un approfondissement dans la climatisation et les énergies renouvelables, c’est en 2006 que ce fils d’agriculteurs fait un demi-tour dans son parcours. Direction la production porcine, une passion que l’on partage en famille chez les Bourveau.
« Ma première expérience de salarié m’a permis d’aller voir ailleurs pendant deux ans », se félicite Mathieu qui, à 23 ans, a dû retourner sur les bancs de l’école. « J’ai effectué un BP REA à Saint-Ségal pour obtenir la capacité professionnelle ».
Quand il s’installe en septembre 2007, c’est pour reprendre un élevage de 350 truies sur la commune voisine de Plovan. Depuis juin 2009, cet élevage et celui de ses parents ont fusionné pour ne former plus qu’une seule entité. « Ce regroupement nous a permis de donner plus de cohérence à l’ensemble ».
Deux demi-journées au lycée
Pour autant que le travail ne manque pas sur l’élevage, ce jeune éleveur réussit à se libérer pour se rendre deux fois par semaine au lycée agricole de Bréhoulou distant de 40 km. Question d’organisation et de volonté. « Avant d’aller en salle de cours, je vais en salle de gestante ou de maternité », illustre avec hu-
mour l’éleveur-enseignant. Et d’ajouter : « J’enseigne la production porcine à deux classes : BEP et bac pro. Le mardi matin et le vendredi après-midi, soit 3 heures par semaine. À cela il faut ajouter autant de préparation de cours ; sans oublier la correction des contrôles et des rapports de stage, etc.».
Autant dire que ce choix d’enseigner n’est pas financier. À 35 € la vacation, ce n’est pas l’eldorado. « En revanche, c’est une expérience enrichissante humainement. De voir qu’il y a des jeunes intéressés par la production porcine, c’est motivant», accorde Mathieu, en mettant l’accent sur « l’ouverture » que lui permet cette sortie bihebdomadaire de son élevage.
Inutile de dire que son expérience d’éleveur est d’un grand recours quand il parle de porc à ses élèves. « Cette semaine, j’ai expliqué la conduite en bandes. Nombreux sont les jeunes qui n’ont jamais abordé la production porcine, d’où l’intérêt d’être très pratique pour les intéresser », estime le jeune éleveur qui, dans quelques semaines, va organiser une visite de son élevage. Une occasion supplémentaire d’allier théorie et pratique.
Didier Le Du
Photo: Depuis juin 2009, l'élevage de Mathieu Bourveau et celui de ses parents ont fusionné, ce qui a nécessité une nouvelle organisation des bâtiments.
« C’est formateur »
D’emblée, Chantal et Xavier Bourveau, installés avec leur fils Mathieu, ont vu cette expérience d’un bon œil. « C’est formateur », estime Chantal qui y voit aussi une occasion pour la profession de « parler du porc avec enthousiasme » et, par ricochet, de contribuer à la promotion d’une filière « parfois un peu oubliée, alors que de nombreux emplois salariés sont proposés en élevage».
Pour Xavier, également administrateur à Porfimad, l’enseignement permet aussi « d’apprendre à s’exprimer devant un groupe. Ce qui, plus tard, sert quand on s’engage dans des responsabilités professionnelles ».