
Avec 160 t/UTH en France contre 350 t/UTH au Danemark et aux Pays-Bas… la productivité moyenne de la main d’œuvre dans les exploitations laitières fait le grand écart en Europe. La Lituanie fermant le bal avec moins de 50 t/UTH. En France, la gestion départementalisée des quotas et leur rattachement au foncier ont favorisé le développement d’exploitations familiales de taille moyenne. Les exploitations françaises sont également plus diversifiées, avec des ateliers viande ou céréales en complément du lait. Chez nos voisins du Nord, la production reste concentrée dans de grosses unités spécialisées et intensives, avec un recours important à la sous-traitance et au salariat, qui permet de produire un litrage plus élevé par UTH.
Plus de charges, plus de produits
L’évolution se poursuit néanmoins en France. Comment fonctionnent les exploitations françaises les plus productives ? Quels systèmes et quelles stratégies ont-elles adopté, et pour quels résultats ? Sur un échantillon de 1200 exploitations spécialisées (plus de 80 % des produits issus de l’atelier lait), Cogedis a étudié celles produisant plus de 300 000 L/UTH de 2006 à 2009. Ces exploitations, la plupart en système intensif, présentent des charges de structure de 40 à 60 euros/1000 L supérieures à la moyenne. Cependant, si les annuités dues par unité de main-d’œuvre sont supérieures à la moyenne, la ressource produite l’est également. Pour l’euro d’annuités à payer en plus, les exploitations dégagent jusqu’à 2 ou 3 euros d’EBE supplémentaire. Ce qui laisse une capacité plus importante à réinvestir, et une meilleure assise financière quelle que soit la conjoncture.
Priorité au troupeau
Ces éleveurs recherchent l’efficacité dans le travail. Ils privilégient la simplification et accordent une priorité au troupeau sur les cultures. Ils n’hésitent pas à investir dans des équipements modernes, efficaces et durables. Il n’y a pas de petites économies sur les points stratégiques comme la traite et la distribution de l’aliment. Pour d’autres tâches en revanche, comme le paillage des logettes et des aires paillées des génisses, le travail avec du matériel simple est souvent privilégié pour gagner du temps et économiser sur le matériel. Les éleveurs n’hésitent pas non plus à sous-traiter les travaux du sol.
L’étude a mis en relief la volonté de ces producteurs à plus de 300 000 L/UTH de faire encore mieux. Ils souhaitent poursuivre leur logique d’intensification par unité de main-d’œuvre, via l’augmentation de la productivité du troupeau et le rachat de quota sans terre. Parmi les exploitations étudiées, les éleveurs produisent en moyenne de 600 à 1000 litres de plus par vache laitière, et pensent généralement avoir encore des marges de manœuvre à ce niveau. Les améliorations sont possibles en augmentant l’efficacité alimentaire de la ration (quantité de lait produit à partir d’un kg de matière sèche ingérée). En France, celle-ci varie du simple au double (0,9 à 1,7) !
Régularité
Pour ces éleveurs, l’optimisation du système est donc un axe stratégique, avec pour leitmotiv la saturation des outils de production, et en toile de fond, la maîtrise du temps de travail. Concrètement, cela se traduit aussi par la recherche d’un nombre régulier de vaches à traire. L’étalement des vêlages répond bien à cette volonté et permet en contrepartie une régularité de la collecte, appréciée par les laiteries. Le nombre de vaches à traire conditionne également les temps de traite, de surveillance et de soins, ainsi que la taille des infrastructures.
Ces systèmes plus intensifs qui caractérisent fortement les exploitations à plus de 300 000 L/UTH, subiront une baisse des primes européennes avec la Pac 2010. Par exemple, pour une exploitation de 300 000 litres de lait, engagée dans un système intensif avec 50 % de maïs dans la SFP, la réduction d’aides s’élèverait à environ 1500 euros. A l’inverse, ces dernières seraient revalorisées d’environ 800 euros pour une même référence laitière produite principalement à base d’herbe. De tels chiffres ne devraient avoir que peu d’impact sur ces exploitations et la diminution des aides ne devrait donc pas contribuer à réorienter ces systèmes.
Sabine Quinquet et Emmanuel Etesse
Cogedis