
Véritable révolution en génétique bovine, la génomique fait aussi l'objet de questionnements dans les exploitations. Chez des éleveurs sélectionneurs, des stratégies différentes se dessinent. Certains vont vouloir avancer prudemment, et ne pas risquer d'affaiblir un capital génétique construit au fil du temps sur leur exploitation. D'autres, davantage parieurs, vont s'engager plus fortement dans la génomique.
Des contrats “donneur” et “receveur” chez Créavia
Pour tenter d'y voir un peu plus clair, Holstiva avait organisé une journée technique le 2 février à Rennes qui a rassemblé une cinquantaine de personnes. Les structures de sélection y ont présenté leurs programmes génomiques en relation avec les éleveurs. Créavenir, développé depuis près d'un an par Créavia, propose aux éleveurs deux types de contrats, "donneur" et "receveur", avec possibilité de conseil et de financement des opérations de reproduction. Dans la première catégorie, les contrats "lignée" sont les plus engageants.
"Les femelles "lignées programme" peuvent rejoindre les stations de sélection, si les éleveurs le souhaitent. Actuellement, 110 génisses sont en station sur les 173 qualifiées sur la zone Créavia (32 en Ille-et-Vilaine). A terme, nous en aurons 375 qui donneront environ 10 000 embryons par an. 15% des meilleures femelles viendront régénérer le pool "lignées programme". Des ressources extérieures (éleveurs ou étranger) s'ajouteront", précise Jean-Luc Marchand de Créavia.
Au Gaec de La Métairie Neuve (56), les trois associés ont fait le choix de laisser partir leurs génisses "lignées programme" en station (à Blain) : c'est le cas de 80% des génisses qualifiées. Cela permet de maîtriser les dépenses liées à la génétique. "Les embryons sont toutefois gardés pour l'exploitation", indique Eric Poirier, un des éleveurs.
200 élevages fédérés dans Isy’Création
S'agissant d'Amélis, c'est le partenariat Isy’Création qui lie la coopérative avec les éleveurs sélectionneurs. "Nous souhaitons y fédérer 200 élevages qui seront suivis de près par les techniciens, en conciliant orientation génétique de l'élevage et besoins du schéma de sélection", note Jean-Yves Dréau d'Amélis. Les éleveurs bénéficient d'une offre variée de prestations : génotypages, aides financières à la démultiplication des femelles de haut niveau, conseils en accouplement, vente des produits génétiques… "Avec la génomique, les éleveurs auront besoin d'une réactivité d'information".
Patrick Robert, éleveur en Gaec à trois associés dans les Côtes d'Armor, souhaite poursuivre le travail génétique engagé depuis une vingtaine d'années sur son exploitation. L'Isu moyen y dépasse 155 et le pointage moyen frôle 85. "Nous aurons sans doute besoin davantage d'accompagnement demain, car les informations génétiques vont avancer plus vite. C'est la fin du star system". Les éleveurs comptent garder le rythme de 10 à 15 collectes par an. Ils se positionnent plutôt en faveur d'une utilisation massive des taureaux génomiques : environ 80% des IA. Selon eux, "avec des taureaux variés, les risques sont partagés".
Agnès Cussonneau
Photo : Holstiva avait organisé une journée technique sur la génomique, le 2 février à Rennes.
Avancer pas à pas
Sur la diffusion, les deux unités de sélection préconisent d'avancer pas à pas avec la génomique. Amelis conseille aux éleveurs de regarder plutôt un ensemble de taureaux génomiques ("ProfilADN"), au travers des différentes gammes proposées. Créavia ne compte pas faire la promotion individuelle des taureaux génomiques. Là aussi, des gammes de taureaux "Avenir" sont proposées. "Nous conseillons l'utilisation de ces taureaux à hauteur de 20 à 30% des IAP, le complément étant réalisé avec des taureaux confirmés", note Jean-Luc Marchand.