
La truie robuste qui sèvre 14 porcelets sans assistance et produit un charcutier résistant aux maladies, sécrétant peu d'hormones sexuelles, n'est pas encore née. Et pourtant, il semble qu'elle soit déjà programmée. Les responsables de la société Topigs, leader européen de la génétique porcine, l'annoncent pour 2020. "Nous devons changer la stratégie de la sélection. Le travail des dernières années sur l'amélioration de la vitesse de croissance, de l'épaisseur de gras ou de la prolificité des truies, a donné d'excellents résultats. Désormais, nous devons travailler sur des critères plus complexes, moins héritables", indique Jan Merks, directeur du centre de recherche de Topigs. La truie du futur devra retrouver sa rusticité, sa capacité à résister aux maladies, au stress, aux différences de température. "Nous savons, par exemple, que certaines lignées sont plus résistantes aux températures élevées. Leurs résultats de fertilité ne baissent pas en été". Elle devra être sociable pour vivre en groupe sans agressivité. "Elle produira 15,5 nés vifs et sèvrera 14 porcelets avec un minimum d'intervention humaine". La main d'œuvre est déjà un enjeu pour la filière porcine. Elle le sera d'autant plus dans les années à venir. Topigs en fait un objectif majeur de sélection. "En 1995, le temps de travail en maternité était estimé à 40 minutes par porcelet sevré. Actuellement de 17 minutes, il descendra à moins de 10 minutes". Objectif avoué, dans les pays du nord de l'Europe: deux salariés pour un élevage de 1000 truies de type naisseur.
Castration inutile ?
Ces truies plus autonomes produiront des charcutiers résistants aux infections, avec des croissances à plus de 1000 grammes par jour et des indices de consommation maîtrisés. "L'efficacité alimentaire est un enjeu. Le porc devra valoriser des aliments de bas de gamme". Les céréales nobles feront place, en partie, aux sous-produits de l'alimentation humaine. La sécrétion hormonale des mâles entiers sera fortement réduite. Jusqu'à pouvoir supprimer la castration ? "Dans quatre à cinq ans, les verrassons auront très peu d'odeurs sexuelles. Depuis 2005, nous avons adopté une stratégie de sélection contre les odeurs sexuelles. Depuis 2008, une lignée mâle et deux lignées femelles font l'objet d'un programme spécifique". La combinaison d'avancées dans le domaine de la génétique et de contrôles à l'abattoir sera probablement la solution finale pour éviter la castration des porcs. L'objectif ultime reste de fournir une viande de qualité répondant aux exigences du marché.
L’arme de la génomique
Comment réussir le défi de sélectionner des paramètres aussi complexes? La connaissance du génome arrive au bon moment. "Depuis 2009, nous disposons d'une puce de 64 000 marqueurs génétiques. Les marqueurs d’odeur sexuelle permettront d'identifier les individus ou les lignées à sélectionner. En 2011, nous aurons des marqueurs pour la sélection sur la résistance générale contre les maladies". La sélection sur d'autres critères peu héritables (vitalité des porcelets, qualités maternelles des truies, composition du colostrum…), bénéficiera également du traitement génomique sur une population importante : 150 000 truies Topigs et 500 000 porcelets pesés individuellement. Un programme qui fournira de nombreuses informations.
Bernard Laurent
Questions d’éleveurs
Peut-on sélectionner contre une maladie bien spécifique (exemple : colibacillose) ?
Porter les efforts de sélection sur une maladie spécifique présente plus de risques que d'avantages. Il est préférable de sélectionner sur l'immunité globale (résistance) du porc. (J. Merks)
La capacité d'un individu à fabriquer des défenses immunitaires est-elle prévisible génétiquement ?
La production d'interféron (substance ayant des propriétés antivirales) est codée génétiquement. La génomique permettra d'identifier les gènes responsables de leur production et de sélectionner les animaux plus résistants. (M Noirrit, vétérinaire Topigs)
La baisse d'hormones sexuelles n'entraînera-t-elle pas une baisse de la fertilité des porcs adultes ?
Avec une sélection combinée, nous arrivons à baisser le taux d'hormones sexuelles, et donc les odeurs, tout en maintenant la fertilité des animaux. (J. Merks)
Le producteur bénéficie-t-il, au final, de ces avancées génétiques ?
Notre mission est de donner à l'éleveur le potentiel de production et de lui permettre d'avoir un coût de revient le plus faible possible. (J. Merks)
La recherche débouchera-t-elle sur des porcs "OGM" ?
Assurément, non. (J. Merks)