
La réduction de nos ventes à l’étranger montre que les opérateurs n’ont pas réussi à profiter des prix agricoles en baisse (-5,4 % en 2009) pour augmenter les volumes vendus. De quoi provoquer l’amertume du monde agricole. C’est que, dans plusieurs cas, le différentiel de prix avec nos concurrents est resté élevé. Exemple, le lait : son prix a baissé en France tout au long de l’année. Malgré cela, en moyenne annuelle, « le prix du lait à la ferme en France a été d’environ 35 euros (pour 1 000 litres de lait) plus cher qu’en Allemagne », explique-t-on au Cniel (Interprofession laitière). Un écart confirmé par la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait). L’argument peut évidemment être invoqué par les industriels transformateurs. Compte tenu du poids du lait comme matière première dans les produits transformés, l’avantage pour les Allemands est considérable. À cela, les producteurs agricoles répondent que les industriels pourraient faire plus d’effort pour ajouter de la valeur ajoutée à leurs produits. Et, surtout, auraient intérêt à se regrouper pour atteindre une taille critique plus à même de lutter sur les marchés étrangers. C’est, dans le lait, toute la problématique construction d’un des premiers groupes français (Sodiaal-Entremont) qui est en cause, de même que le poids souvent excessif des produits à faible valeur ajoutée (beurre, poudre).
Taille des opérateurs
De fait, dans d’autres domaines, c’est tout autant la taille des opérateurs qui est en cause. Tel est le cas du porc et des produits carnés en général où les dizaines d’exportateurs français doivent rivaliser avec une ou deux coopératives danoise ou néerlandaise. Les Français doivent aussi faire face, souvent, à des stratégies bien organisées de reconquête de marchés locaux. Naguère fournisseur de l’Europe en produits de volailles, la France subit l’impact des Allemands qui tendent à produire localement des produits frais ou à importer des viandes congelées du Brésil ou de la Thaïlande pour les transformer en produits prêts à consommer.
La fragilité du marché européen
Rien d’étonnant alors à voir le marché de l’UE être le plus fragile pour nos exportations. Alors même que le risque de change n’existe pas (dans la zone euro du moins) et que ce marché était réputé le plus stable pour nos exportations. Les exportations françaises vers l’UE ont, de fait, diminué de 12 %, soit plus que les destinations pays tiers. Au sein même de l’UE, six pays (Allemagne, Belgique, Italie, Royaume Uni, Espagne, Pays-Bas) qui représentent les deux tiers de nos ventes les ont vues baisser de près de 15 %. Globalement, sur l’UE, l’excédent est réduit de moitié pour les produits transformés et d’un tiers pour les produits bruts. Au niveau mondial, c’est l’inverse : l’excédent des produits transformés se réduit d’un tiers tandis que celui des produits bruts se réduit de la moitié. Les exportations baissent de 17 %. Presque tous les secteurs sont en réduction. Le maïs (-15 %) reste moins touché que le blé tendre (-29 %) et seules les exportations de bovins ne faiblissent pas. Une mince consolation pour une année où les résultats catastrophiques pour les agriculteurs coïncident avec de piètres performances sur les marchés étrangers pour les produits français.
Photo : Les exportations françaises de l’agro-alimentaire ont baissé de 11% en 2009 et les importations de 5,7%, diminuant le solde commercial qui reste toutefois excédentaire.