
Huit années de salariat n'ont pas atténué la volonté d'Emmanuel Barre de s'installer en production porcine. Le départ de son père en retraite lui a permis, en fin 2007, de créer, avec sa mère, l'EARL Barre et de restructurer l'élevage de manière à élever 180 truies et la suite. La réglementation concernant les élevages à dimension économique insuffisante (EDEI) leur ont permis de piocher dans la réserve départementale d'azote pour augmenter la production. "Nous avons restructuré l'élevage, en 2009, en essayant de limiter le montant des investissements". Installé depuis deux ans, en pleine crise, Emmanuel a connu une chute des prix de vente et une hausse des cours de l'aliment. De quoi faire passer l'envie de faire des folies.
Optimiser les maternités existantes
"L'objectif premier était d'optimiser les maternités existantes. C'est la partie la plus importante en terme d'investissement en élevage de porcs". Les 32 places existantes se sont avérées suffisantes malgré l'augmentation du nombre de truies. "Nous sommes passé d'une conduite en 7 bandes – sevrage à 28 jours à une conduite en 5 bandes – sevrage 21 jours". Quelques cases "tampons" complèteront prochainement le dispositif. L'évolution vers une conduite en 5 bandes n'a pas seulement un intérêt économique. "Cette conduite permet de dégager du temps pour la famille notamment les semaines "creuses", sans mises bas, inséminations ou sevrages. Ce n'est jamais le cas en conduite en 7 bandes". Une conduite qui présente également des avantages au niveau sanitaire, en évitant les mélanges de bandes mais qui exige de bonnes performances de fertilité et une mobilisation de la main-d'œuvre lors des semaines de mises-bas.
Système bat-flanc en gestantes
Depuis quatre mois, les truies gestantes sont élevées en groupe de six. Le système bat-flanc en tubulaires galvanisés, avec alimentation par doseurs, a été retenu. "Le choix des bat-flanc répond, là encore, à la volonté de limiter les investissements". 78 places ont été montées par l'éleveur dans les anciennes salles d'engraissement, transformées pour l'occasion. "Le système bat-flanc présente aussi l'avantage d'être facile à installer". Quelques bandes de porcs ont été élevées dans un engraissement extérieur, à façon, le temps de construire le nouveau bâtiment de 1500 places. Les salles comprennent 12 cases de 15 places avec des auges longues surélevées et un système d’alimentation en soupe.
Le nouvel élevage n'est pas encore en vitesse de croisière. "Le troupeau est jeune. Nous avons intégré beaucoup de cochettes. Les résultats de sevrage s'en ressentiront probablement". Les résultats techniques, 11, 7 porcelets sevrés par portée, seront, dans un premier temps, selon l'éleveur, difficiles à maintenir. Emmanuel Barre est néanmoins confiant. "La restructuration est cohérente. Les conditions de travail sont bonnes". Des prix de vente supérieurs à ceux qu'il a connu depuis son installation sont vivement espérés pour rembourser ce nouvel outil de production.
Bernard Laurent
Photo : Les JA 56 organisaient une journée mardi dernier à Guer. Ils ont visité l'élevage Barre, le matin, avant d'échanger sur la conjoncture et l'avenir de la production porcine, l'après midi.
Les trésoreries ne se sont pas dégradées en 2009
Intervenant à la journée organisée par les JA 56 de la section porcine, Francis Février, du Crédit agricole du Morbihan, a livré un message positif aux jeunes éleveurs présents. Selon lui, la situation financière des éleveurs de porcs ne s'est pas dégradée en 2009. "Les trésoreries se sont bien tenues". Les efforts des éleveurs pour limiter les prélèvements privés y sont probablement pour beaucoup. "Les fournisseurs d'aliment ont peut-être également joué le rôle de banquier", faisait remarquer l'un des éleveurs présents. L'encours bancaire, en production porcine, est stable, contrairement à la production laitière où il est en augmentation. "Le coût de revient du kilo de porc d'août 2007 à mai 2009 était nettement supérieur au prix payé à l'éleveur. Depuis, ce coût est sensiblement égal au prix du kilo", poursuit Francis Février, (en tenant compte d'une rémunération annuelle de l'éleveur de 20 000 euros). L'année 2010 s'annonce meilleure. "Les prévisions du Marché du porc breton et du marché à terme de Hanovre concordent. Les cours devraient remonter progressivement jusqu'à 1,35 euro du kilo au mois d'août avant de redescendre jusqu'à 1,10 euro en décembre". Avec un prix de la tonne d'aliment qui devrait se stabiliser autour de 185 euros. Des indicateurs qui rassurent les banquiers. Les éleveurs attendront encore un peu pour se réjouir.