
Avec les temps qui courent, la tendance est à la recherche d’économies. À ceux qui douteraient de l’utilité d’adhérer à l’Upra, Denis Bieri, responsable des techniciens à Prim'Holstein France, répond : « Investir dans la génétique est rentable sur le long terme ». Et de citer une raison parmi d’autres: « Dans les troupeaux inscrits à l’Upra, on compte 5 % de vaches en plus qui passent en 2e lactation ».
Les index se déclinent en élevage
Ce responsable qui intervenait lors de l’assemblée d’Holstein Finistère, à Ploudaniel, trace le portrait de la vache qui dure dans le troupeau. « Sans être un adepte de la longévité à outrance, on sait qu’un index comme les cellules va avoir un impact positif sur la santé de la mamelle ; tout comme un index fertilité positif associé à la facilité de naissance favorise la mise à la reproduction après vêlage quand on sait qu’un vêlage difficile est toujours défavorable à la fécondité ».
Ces observations de terrain se mesurent avec des chiffres. « La réussite en 1e IA est de 54-55 % chez des primipares indexées à +1 en fertilité ; elle est de 42-43 % pour des vaches indexées à – 1, soit 11 points d’écart », note D. Bieri. Et d’ajouter : « Avec la génomique, on va beaucoup progresser sur ce poste. L’index fertilité aura la même valeur que l’index lait. Il pourrait représenter 20 % de l’Isu ».
Une étude sur 90 000 vaches
La morphologie n’est pas en reste pour assurer une bonne longévité des vaches. Sans compter qu’une vache bien plantée facilite le travail de l’éleveur. « Exemple : le plancher jarret, c’est-à-dire indirectement le volume de la mamelle en 1e lactation, est garant de longévité ».
Une étude réalisée sur 90 000 vaches entre la 1ère et la 2ème lactation montre clairement que les animaux bien pointés (NG) restent plus longtemps dans les élevages. Même constat en ce qui concerne la mamelle. Par contre, les membres sont moins primordiaux.
Au risque de chagriner les sélectionneurs, adeptes des grandes vaches, le grand format apparaît pénalisant pour la longévité. « Au-delà de 85-86 points, elles ont du mal à tenir », souligne Denis Bieri qui recherche les explications du côté d’une éventuelle inadaptation aux logettes ? Voire dans « un effet âge au 1er vêlage » préjudiciable à une race réputée précoce ? « Mais ce qui pénalise beaucoup, c’est la profondeur de corps, c’est-à-dire des génisses qui ressemblent à des vaches avant l’âge ».
Pas d’antagonisme morphologie-production
S’il est indéniablement intéressant de faire vieillir les vaches, ne serait-ce que pour augmenter la durée de vie productive (2 ans et 153 jours en Holstein), faut-il encore que les vaches qui tiennent dans le temps soient de bonnes productrices. Là-dessus, le responsable de Prim’Holstein France est formel : « Une vache bien pointée produit proportionnellement plus de lait ».
Sur ce point, l’étude apporte encore des éléments chiffrés. Une 1ère lactation pointée TB (85 points et plus) produit en moyenne plus de 8 000 kg, alors qu’entre 75 et 81 points on observe un plateau de production à 7 600 kg. De même, si une bonne mamelle n’est pas forcément favorable à la production (antagonisme entre morphologie mammaire et production), de bons membres contribuent à faire du lait : « La vache qui a de bonnes pattes va manger ».
Enfin, que les adeptes des grandes vaches se rassurent : elles font du lait. « 1 200 kg de différence entre une vache pointée 72 points et sa voisine à 88-89 points ». Ouf… les grandes vaches ne sont pas seulement séduisantes à l’œil. « Il faut donc trouver le compromis entre le gros format qui produit et qui ne dure pas et le petit format qui dure et qui ne séduit pas toujours ».
Didier Le Du
Photo : L’antagonisme morphologie/production fait souvent débat. Une étude sur 90 000 vaches tord le cou à ce préjugé.
Définition d’un bon animal
Qu’est-ce qu’une bonne vache ? À chacun sa définition. La sélection du 3ème millénaire la définira sans doute comme une compilation de bons index génomiques. Avec ce risque soulevé par des éleveurs-sélectionneurs : « En se focalisant sur des caractères précis, non seulement, on tend vers toujours plus de consanguinité, mais on oublie des gènes intéressants ». D’où la persévérance de certains éleveurs méfiants à l’égard de la génomique qui préfèrent poursuivre dans « la sélection de souches qui ont bien fixé certains caractères au fil des générations ».
Un point commun accorde ces deux façons de faire : « Au-delà de l’aspect laitier, la sélection permet de mieux valoriser les produits de l’élevage au travers de la vente de génisses. Cette plus-value liée à la valeur génétique contribue à amortir le coût de renouvellement qui représente 10 % du coût de production d’un élevage laitier ». Ne dit-on pas que « c’est le résultat qui compte » …