
Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture et Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’Écologie ont donc dévoilé vendredi à Rennes, le détail du plan de lutte contre les algues vertes. Sans grande surprise, il s’appuie sur les conclusions du rapport de la mission interministérielle, décidée fin août suite à la visite de François Fillon, Premier ministre, à Saint-Michel-en-Grève. Ce plan comporte en fait trois volets : meilleure connaissance du phénomène de prolifération des algues vertes et gestion des risques, actions curatives et actions préventives. Il s’applique aux 8 bassins versants algues vertes identifiés dans le Sdage Loire-Bretagne et qui concerne 23 bassins versants.
Un plan au long cours
Ce plan s’inscrit dans la durée, même si l’un des objectifs immédiats est de faire en sorte qu’il n’y ait pas d’algues vertes sur les plages dès 2010. Les deux ministres ont été bien clairs. « L’éradication du phénomène algues vertes prendra du temps ». Chantal Jouanno donne une fourchette de 10 à 15 ans. Rappelant qu’elle n’était pas là pour distribuer des bons et des mauvais points. Elle constate cependant que les flux de nitrates ont diminué de 18 % en 10 ans. « Mais cela ne suffit pas, il faut donc aller plus loin ». Et vise donc une diminution des flux de nitrates de 30 à 40 % d’ici 2015.
L’Etat va d’abord intensifier son action curative au travers du dispositif de collecte et de traitement des algues. Ainsi, outre sa participation financière au ramassage, il soutiendra la création de plateformes de compostage. En Côtes d’Armor, trois projets sont déjà identifiés (Smictom de Launay Lantic, Communauté d’agglomération de Lannion Trégor, et Communauté de communes de Lamballe) et un en Finistère (Pays Fouesnantais). A noter que deux opérations pilotes de ramassage des algues en mer vont être conduites par la Communauté d’agglomération de Lannion et le Parc naturel marin d’Iroise à Douarnenez.
Montrer patte blanche
« Concilier le développement agricole avec de bonnes pratiques environnementales », c’est ainsi que Bruno Le Maire définit les orientations agricoles du plan. Il n’imagine pas une Bretagne sans l’agriculture. Harcelé de questions sur l’avenir de l’élevage intensif, sur la fin du « modèle breton »…, le ministre refuse que l’on stigmatise les agriculteurs. « On est bien content de trouver les paysans en Bretagne pour créer de l’activité économique, de l’emploi, entretenir les paysages ».
C’est donc un plan plus incitatif que répressif qui a été présenté avec toutefois des comptes à rendre rapidement (voir ci-dessous). Mais au final, l’agriculture ne s’en sort sans doute pas si mal, même si la profession émet quelques réserves (voir ci-dessous). Elle doit cependant se méfier, invitée à « montrer patte blanche » pour éviter plus de réglementaire.
Pierre Dénès
Photo : Chantal Jouanno et Bruno Le Maire assaillis de questions lors de la présentation du plan à la presse
Le volet agricole du plan
Le secteur agricole est d’abord concerné par les actions dites préventives déterminées par ce plan. Il est prévu de mobiliser 20 millions d’euros pendant 5 ans. Un Comité de pilotage doit se mettre en place dans les prochaines semaines.
•Déclaration des quantités d’azote : Il s’agit notamment d’amener les agriculteurs à une maîtrise totale des entrées et sorties d’azote par d’une déclaration annuelle. Les deux baies pilotes (Saint Brieuc et La-Lieue-de-Grève) devront s’y soumettre dès 2010. La déclaration sera étendue aux autres baies “algues vertes” en 2011.
•Réalisation de reliquats : Les deux baies pilotes (en 2010), avec extension aux autres baies dans un délai de 3 ans, auront l’obligation de réaliser des reliquats après récolte (2 ou 3 parcelles par exploitation) et d’en communiquer les résultats à la police de l’eau. Ces mesures de reliquats seront comparées aux indicateurs fournis par des parcelles de référence. Il y aura aussi un renforcement du contrôle de l’équilibre de la fertilisation à la parcelle et du respect des calendriers d’épandage, avec probablement des évolutions sur ceux-ci.
•Contrôle des installations classées : Toutes les exploitations des bassins versants algues vertes soumises à la réglementation des installations classées vont être passées au peigne fin dans les deux ans. Cela concerne 1101 exploitations des Côtes d’Armor et 657 du Finistère.
•Toutes les exploitations aux normes : Pour les situations dites inacceptables d’un point de vue environnemental (capacité de stockage, ou étanchéité des ouvrages insuffisantes) un accompagnement au cas par cas (adaptation, réorientation, reconversion) sera mis en place.
•Reconquête des zones naturelles : Le but fixé est de réhabiliter des zones humides, prairies extensives, boisées humides …, comme secteurs tampons de dénitrification avec un objectif ambitieux de 20 % sur la baie de Saint Brieuc.
•Evolution des systèmes : Un plan d’évolution de l’agriculture vers des systèmes de production à très basses fuites d’azote va être initié au travers de projets territoriaux avec des plans d’actions. Ils le seront d’abord, sur la base du volontariat.
•Méthanisation : Le développement des filières pérennes de traitement des lisiers excédentaires va être encouragé. Des appels à projets vont être lancés sur les territoires concernés la création d’unités de méthanisation (algues vertes + lisier). Ce dispositif ne devrait démarrer qu’en 2012.